Ecris. Lève-toi le matin en sachant que tu vas t’asseoir à ton bureau, saisir le stylo et aligner les mots qui veulent bien venir. Ecris chaque jour. Trois mots ou mille, peu importe. C’est une gymnastique. Fais-en un exercice, une habitude, un rituel. Ecrire n’est jamais facile. Exige de toi-même une discipline sévère. Sois le maître qui tance l’élève et l’élève qui obéit sans broncher. Dis-toi que c’est pour ton bien. Pour le bien de ton corps et de ton esprit. Parce qu’il est indispensable que tu écrives. Dis-toi que les mots s’apprivoisent au quotidien. Quelques jours de négligence et hop ! les voilà qui filent loin de ta page. Ecris tout, même le rien, l’insignifiant, le peu lisible. Ecris avec ta tête, avec ton cœur. Ecris avec ton ventre qui rumine le quotidien. Ecris avec tes pieds qui arpentent le monde, même si le monde se résume à une superficie minuscule, la tienne. Ecris l’ordinaire, ne laisse rien passer. Une odeur, un son, la lumière du ciel à quatre heures de l’après-midi. Ecris la haie du voisin par la fenêtre ou l’immensité d’une plage un jour d’hiver. Ecris les mots des autres, pour voir, pour sentir. Pour comprendre. Ecris le faux pour démêler le vrai. Ecris le vrai puis maquille-le de fiction. Laisse-toi surprendre par les mots. Laisse-les venir, tous, même les plus incongrus, les plus grossiers. Ecoute ce qu’ils ont à te dire, à toi, à toi seulement. Entends ta propre voix qui se mêle aux mots venus du dehors. Cette page écrite, c’est toi, toi tout seul. Une page unique, inestimable. Allez ! Ne t’arrête pas là ! Poursuis ta route. Ecris !
Vous le savez, j'aime faire voyager mes mots. Je les imagine, voguant vers de belles aventures et se posant sous les yeux d'un lecteur inconnu qui, peut-être, prendra du plaisir à les lire...
Cette fois-ci, mes mots ont accosté aux rives de PrOse, revue littéraire de bon goût, créée par Frédérique Trigodet.
Ce mois-ci, le nouveau numéro de PrOse regorgera donc de textes de qualité (dont le mien), rigoureusement sélectionnés. Un grand moment de lecture pour une somme fort raisonnable.
Elle m'aime! Elle me l'a dit!
Comment ça, je ne peux pas comprendre? Qu'est-ce que vous en savez? C'est
peut-être vous qui ne comprenez rien. Vous ne savez pas ce qui se passe entre
elle et moi. Vous ne savez rien de l'état de son âme quand elle se jette dans
mes bras. Parce que c'est bien dans mes bras qu'elle se jette et pas dans les
vôtres. Vous voyez bien! Elle m'aime, je vous dis!
Ça fait plusieurs années que ça dure, elle et moi. Depuis
ce jour d'octobre où elle m'a découvert dans sa chambre. Au début, ça n'a pas
été simple. C'est pas un cadeau, cette fille-là, que je me suis dis. Au lieu
d'apprécier ma présence, elle passait son temps à balancer sur moi sa mauvaise
humeur et ses contrariétés. Et vlan! Un sac par-ci! Et vlan! Un jean par-là! Et
des chaussures, des livres, et j'en passe! Bien sûr, je ne pouvais rien dire,
je n'avais pas droit à la parole. Je me contentais de supporter son mauvais
caractère. Parfois elle m'ignorait complètement, ne s'occupait pas plus de moi
que de ses premières chaussettes. Je sentais bien qu'elle avait du mal à
supporter ma présence. J'occupais une partie de son espace vital, elle m'en
tenait rigueur.
Pourtant, elle a fini par s'habituer, par me trouver utile,
voire même agréable. Je devenais l'objet de toutes ses attentions. Elle prenait
soin de moi, réchauffait mes épaules d'un plaid multicolore ou d'un châle
indien. Je commençais à faire partie du
décor. Elle aimait se blottir contre moi pour lire ou téléphoner des heures
durant à sa meilleure amie. Ma placidité naturelle la rassurait. Elle savait
qu'elle pouvait compter sur moi, même au creux de la nuit, quand le sommeil
fuyait loin de ses yeux. Elle venait alors me voir, cherchant la chaleur et le
réconfort que lui refusait son lit.
J'ai tant de fois recueilli ses
larmes. Je ne pouvais rien dire face à ces chagrins qui la submergeaient comme
un raz de marée. Je ne pouvais que lui ouvrir mes bras, l'accueillir
tendrement. Si j'en avais été capable, je l'aurais bercé, mais je ne savais
pas. Je me faisais douceur et caresse pour ma petite princesse au cœur gonflé
de peine. Elle finissait toujours par sécher ses yeux et repartait affronter sa
réalité.
C'est une battante, cette
fille-là. Entre nous, c'est une histoire forte et solide. D'ailleurs, quand elle
a quitté le maison, elle m'a proposé de la suivre. Ses parents n'étaient pas
d'accord, ils ne voyaient pas l'intérêt de s'embarrasser d'un lourdaud comme
moi. Ils parlaient de racheter du neuf et du moderne. Elle leur a tenu tête
avec vigueur! Elle ne pouvait pas se passer de moi, c'était comme ça! Je serais
là pour là pour la rassurer quand elle ressentirait l'angoisse de la séparation
et de l'éloignement familial. Et puis inutile de faire de nouvelles dépenses,
ma carcasse était suffisamment solide pour supporter le voyage. Evidemment, ses
parents se sont inclinés devant tant d'ardeur et de ténacité.
Depuis, nous vivons, elle et moi,
dans ce petit studio, près de l'université. Elle a pris l'habitude de venir me
retrouver, le soir, pour un petit câlin devant la télé. Elle me raconte sa
journée, me parle de ce garçon qui lui a souri. Je reçois sans les trahir ses
plus intimes secrets. Avec moi, elle est en confiance, elle sait que tout ce
qu'elle me dit restera caché dans le cuir de ma peau. Elle peut chuchoter,
rire, pleurer, hurler, je la prends comme elle est, avec toute
la fougue de ses vingt ans. Dans la tourmente de sa jeune vie d'adulte, je suis
un repère, une certitude. Solidement planté sur mes quatre pieds, je ne bouge
pas, je l'attends.
On m'a posé des questions et, comme je suis une fille polie, j'ai répondu ;-)
Quel est votre trait de caractère majeur ? Une lucide curiosité ou une lucidité curieuse….
Qu’appréciez-vous le plus chez vos amis ? Leur confiance.
Quel est votre principal défaut ? L’entêtement.
Quelle est votre idée du bonheur ? Avoir toujours quelque chose à partager.
Où aimeriez-vous vivre ? Le lieu n’est rien sans la présence de ceux qu’on aime.
Quelle est votre couleur favorite ? Le bleu. Non, le vert. Et le jaune, aussi. Le rouge, parfois…
Quels sont vos auteur(e)s préféré(e)s ? Simenon, lu et relu. Colette, bien sûr. Annie Ernaux, Annie Saumont, Jean Echenoz, Laurent Mauvignier, Raymond Carver… Et encore JB Pouy, Thierry Jonquet, ou Henning Mankell pour le noir.
Quels sont vos héros (héroïnes) de fiction préférés ? Mon admiration va au créateur du héros de fiction, pas au personnage. Si vous insistez vraiment, le druide Panoramix.
Quels sont vos héros favoris dans la vie réelle actuelle ? Ceux et celles qui n’aiment pas se voir ériger en héros !
Quels personnages de l’histoire aimez-vous le moins ? Ceux qui ont perdu toute humanité en cessant d’écouter les autres.
Quelles sont vos boissons et nourritures favorites ? Le thé, très important, le thé. Mais le vin aussi, bon et bu en bonne compagnie ! Une note sucrée en fin de repas, indispensable.
Que détestez-vous le plus ? La bêtise et la cruauté. Le melon et la rhubarbe.
Comment aimeriez-vous mourir ? Sans m’en apercevoir…
Où écrivez-vous ? A mon bureau, face au mur sur lequel je fixe un tas de petits papiers très importants. Poèmes, citations, idées à développer….
Quand écrivez-vous ? Quand j’ai fini d’être mère, épouse, femme active.
Avez-vous des manies quand vous écrivez ? Le premier jet toujours au stylo sur papier.
Que représente l’écriture pour vous ? Le moyen de cerner le monde à l’encre de la fiction.
Extrait de mes "confessions" publiées sur le site de mon éditeur.
Femme, 46 ans, cheveux châtain, yeux marron, taille et poids
moyens, nez droit, lèvres fines, pas de signes particuliers, juste une petite
tâche sous l’œil gauche, mariée, deux enfants, travaille dans la vente, écrit
des histoires qu’elle voudrait lire à haute voix, n’aime pas les petits pois,
ni le coca, apprécie de recevoir des amis à dîner le dimanche soir, privée de
sa mère à trente ans, regarde grandir ses filles, les trouve belles, aime
par-dessus tout les entendre rire, choisi ses lectures avec gourmandise, peut
rester des heures dans une librairie à caresser du papier, préfère regarder les
choses en face et se débarrasser des corvées en premier, tente de se faire une
bonne vie, avec du sentiment et de la douceur, se sent belle dans le regard de
ceux qui l’aiment, a un peu peur de vieillir et ne passe pas son temps à
regarder les photos d’avant, se débrouille avec une lucidité parfois
encombrante, n’a pas toujours été sereine, ne l’est toujours pas, n’envisage
pas vraiment de le devenir, ne cherche rien d’autre que ce qu’elle trouve en
chemin.
Préfère cacher ses rêves pour ne pas les faner à la lumière
du jour.
Le son,
le bruit que vous détestez? le vacarme de l'aspirateur !
Votre
juron, gros mot ou blasphème favori? Zut non, vraiment, je ne vois rien d'autre :-)
Homme ou
femme pour illustrer un nouveau billet de banque? Moi, toi, nous, tous!
La
plante, l’arbre ou l’animal dans lequel vous aimeriez être réincarné? Une grenouille. Et le soir, assise sur mon nénuphar, je vous raconterais des histoires...
Le métier
que vous n’auriez pas aimé faire? Boucher!
Si
Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire? Tu veux du papier et un stylo?