Dans le sable
C'était un texte éphémère, il est reparti!
Je laisse les commentaires...
C'était un texte éphémère, il est reparti!
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Madame Isabelle Pichevin de Champsac, 1er étage, porte A
Une enquête de voisinage? Une enquête sur les voisins? Vous ne manquez pas d'air, jeune homme! Vous me soupçonnez, moi, d'avoir… C'est un comble! Enfin! Réfléchissez un peu! On doit bien vous apprendre à réfléchir dans votre école de police!
Comment? … Vous cherchez des indices, des témoignages? Et vous croyez vraiment que vous allez trouver ça dans mon salon? Dans quel monde vivons-nous! Mon défunt mari me le disait toujours "Isabelle, le monde marche sur la tête!"
Oui, bien sûr que je connais l'épicerie qui est en face. Non, je ne la fréquente pas. J'ai gardé mes habitudes rue des trois pigeons. Jusqu'à la mort de Victor, nous avions un très bel appartement en haut de la rue, un quartier très bien, très calme. S'il n'y avait pas eu cette histoire stupide, cette femme qui a surgi de nulle part, avec ce testament. Une poule, une vulgaire poule, une figure badigeonnée de couleurs, un corsage indécent. Ce pauvre Victor, toujours trop généreux, une proie si facile!
Ici, c'est très correct, je ne dis pas. Les gens sont aimables comme madame Neuve, qui est bien courageuse avec sa pauvre maman.
C'est peut-être un coup des communistes! Victor disait toujours "ma chère, les communistes sont partout!" Je me demande…ce monsieur Duboeuf, avec sa barbe et son regard, un regard noir. Il ferait partie d'un complot, ça ne m'étonnerais pas. Il reçoit des gens chez lui, tard le soir, qui portent des cartons, de la propagande subversive sans doute. Je les croise dans le hall, quand je rentre de nos soirées paroissiales. Depuis que ce jeune abbé est arrivé, je ne manque pas une seule réunion. Il fait preuve d'un enthousiasme si… communicatif!
Je regrette monsieur l'agent, de ne pouvoir vous en dire davantage. J'espère que vous mettrez la main rapidement sur ce voyou. C'est insupportable, cette insécurité permanente. Si Victor était là…
©Fabeli
A suivre ...
Ce mois-ci, je vous propose une nouvelle en forme de feuilleton, histoire de vous tenir en haleine.
(Il est possible que la présentation laisse à désirer, canalblog s'excite sur la mise en page, il n'y a rien à faire, patience et longueur de temps...)
Imaginez ...Un quartier populaire, une rue tranquille, un immeuble un peu vieillot, des locataires plutôt sympathiques (!)...
Madame Marie Neuve, rez-de-chaussée, porte B.
J'ai tout vu monsieur l'agent. J'étais à la fenêtre, il pouvait être neuf heures moins le quart ou neuf heures. Plutôt neuf heures, j'entendais Samantha sur TV matin. Elle fait le "télémarkett". Tenez! La pendule, là, qui fait station météo, c'est elle qui me l'a vendue. Très pratique. Un coup d'œil le matin avant de m'habiller. J'ai tout : température, hydro…hygro…enfin humidité, nuages soleil, pluie. Très pratique. Et elle fait radio aussi.
Bon, donc, il était plutôt neuf heures. J'avais fini d'habiller maman. Maryse est absente pour deux jours. C'est l'infirmière du matin. Le soir, elles sont deux, elles se remplacent. C'est important, le soir, il y a la piqûre. Moi, je ne saurais pas faire. Le matin, oui, laver, habiller. Maman est un peu lourde mais ça va. J'étais à la fenêtre, je me demandais si le facteur était déjà passé. J'attends la Redoute, pour la collection d'hiver. j'aime bien savoir à l'avance, pour les tendances. Pas vous?
Monsieur Habid avait déjà sorti les étagères à roulettes
et la grande pancarte, celle qui tourne avec le vent. Le camion de livraison
était reparti, laissant les cageots sur le trottoir, empilés qu'on se demande
comment ça ne tombe pas.
La Tour de Pise, un peu, voyez!
Le suspect marchait en regardant ses pieds. Il avait une capuche…Oui, oui, je suis sûre qu'il avait une capuche. Et de la musique dans les oreilles. Ça finira par les rendre sourds. Toute une génération de gosses stupides et sourds. Parce que, vous n'allez pas me dire, tous ces jeux vidéos, ça leur grignote le cerveau. Ces lumières, ces bruits, cette violence! On s'étonne après, aux infos. Moi, je ne m'étonne plus. Les miens, je ne les aurais pas élevé comme ça. Du respect, de la politesse. Exactement ce qu'a fait ma mère avec nous autres. Six enfants, monsieur l'agent! On avait intérêt à obéir, on ne faisait pas dans la psychologie, à l'époque, fallait filer droit.
Il avait un vilain regard. J'ai bien senti qu'il préparait un mauvais coup. Il s'est approché de l'étal, il avait sorti une main de sa poche et l'autre restait cachée. J'ai tout vu. Vous ne croyez pas qu'il aurait dû être à l'école, à cette heure là? Les parents s'en fichent, c'est révoltant. Ils font des gosses pour les allocations, quatre, cinq, six, ça grouille dans les F4, deux ou trois par chambre. Et la télé qui braille à longueur de journée. Comment voulez-vous les élever correctement?
Monsieur Habid n'a pas pu le voir, il était dedans. Si j'ai vu ce qui s'est passé? Bien sûr! Enfin, comme je vous dis, il avait cet air mauvais de celui qui prépare une bêtise, il avait une main qui traînait et l'autre encore dans sa poche. Il a bien vu que Monsieur Habid était occupé dedans. …Non, je ne l'ai pas exactement vu... J'ai dû tourner la tête. Samantha faisait le tirage au sort. Un week end à Venise. J'ai envoyé un bulletin. C'est une certaine Eloïse Ducamp, de Nice, qui a gagné. Ce n'est pas juste, elle habite tout à côté, elle peut y aller quand elle veut, tandis que moi…
Non, de rien, je vous en prie, je ne fais que mon devoir, monsieur l'agent.
©Fabeli
A suivre...
... comme en 100
100 mots pour le dire, pour l'écrire, pour en rire ou en pleurer...
100 mots tout ronds
100 mots tout doux
100 mots tout durs
J'ai trouvé cette proposition d'écriture sur le site des Défis du samedi, elle m'a plu, et je veux bien jouer à mon tour!
100 mots pour écrire
J’ai les mots qui se
bousculent au bout des doigts.
Donne-moi un stylo, aussi !
Que veux-tu que
je fasse de ces pages blanches ?
Les mots ne s’écrivent pas d’eux-mêmes.
Ils doivent se plier à la contrainte de l’encre noire.
Dépêche-toi, ça déborde !
Les mots vont couler sur le
tapis, se faufiler dans les fibres.
Ils vont s’envoler, se mêler aux particules
de matière qui flottent dans l’air du matin, filer par la première fenêtre ouverte.
Tant de mots perdus, je ne le supporterai pas. Il me faut écrire.
© Fabeli avril 2010
Monsieur Marcel Castagne, 1er étage, porte B
Entrez, brigadier! Ça suffit, Bosco! Couché! Pas méchant. Il impressionne, c'est tout. Couché, Bosco ou je t'en colle une. C'était le bichon de ma femme. S'est barrée, j'ai gardé le clebs.
Vous auriez dû venir tout de suite. Moins de temps perdu. Des incapables. Partout. Comprennent rien à rien. Ne cherchez pas. Rien à trouver. Personne. Fait un moment que je l'observe. Malin, roublard. Comme tous les autres.
Quarante mois là bas. Kabylie. Ouhadia. De la caillasse. Cagnard le jour. Frigo la nuit. Mon œil et trois doigts. Une grenade. Salauds. A cinq jours de mon départ. Vermine. Ça rampe sans bruit, invisible, muet. De vrais serpents. Je fume une clope avant la relève, je pense au pays, Albi, la maison derrière la cathédrale. Sylvie que je dois marier. Boum! Un œil et trois doigts. Salopards.
Celui là, je l'ai à l'œil depuis le début. Quand il a ouvert sa cahute sur le trottoir. Un vieux Citroën bricolé. La boutique, c'est venu après. Le sens des affaires? Mon œil, oui! Filou et compagnie. La grande arnaque.
Ne cherchez pas, rien à trouver, personne. C'est lui! Magouille et remagouille. Devriez en parler aux impôts. Et aux "stups" aussi. Des camions, le soir, un peu tard. Espagne, Portugal, Maroc. Le rideau déjà tiré. Dit que c'est des fruits et légumes. Plutôt du trafic, import-export, drogue, cocaïne, traite des blanches. Ma main à couper. Tous pareils. Mensonges. Trahison. Terroristes.
©Fabeli
A suivre...
Monsieur Charles Duboeuf, rez-de-chaussée, porte A.
Entrez! Attention à vos pieds, j'ai les roues agressives. Le couloir n'est pas aux normes, ça fait vingt ans que je leur écris.
Vous avez vu qui, déjà? Cette chipie d'à côté, la Vierge? Oui, entre nous on l'appelle comme ça. Soixante cinq piges et toujours chez "manman". Ça fait vingt deux ans que je suis là et elle aussi, pacsée avec "manman".
Ça lui monte à la tête, l'abstinence, alors elle fabule, elle brode, elle enjolive. Il a même été question d'un fiancé il y a quelques années. Dix ans, quelque chose comme ça. Elle avait fait les petites annonces. Le promis, quand il a vu la tête de la promise, il a dû se carapater vite fait!
Bon, la vierge vous a fait un rapport complet, je suppose. A quoi voulez vous qu'elle occupe ses journées entre deux roupillons de "manman?" Elle mate, elle mate, elle mate. Les services secrets devraient l'embaucher, elle servirait à la collectivité comme ça.
Moi, je vous l'dit tout net, j'ai rien vu. Bien sûr que la fenêtre du salon donne sur la rue et sur l'épicerie de Momo. Seulement moi, je ne passe pas mon temps à zieuter tout ce petit monde. J'ai du boulot, moi, je ne suis pas une charge pour la société. Tenez, vous les voyez les cartons, là-bas? Dernier arrivage, quatre mille cinq cents enveloppes. Quatre mille cinq cents cartes. Une carte, une enveloppe, je ferme. Une carte, une enveloppe, je ferme. Campagne de pub pour des blaireaux; poils véritables, manche en corne, du bon blaireau, à l'ancienne. Et c'est du propre avec moi, pas d'enveloppe froissée, pas de traces de doigt. Certains font ça en bouffant du hamburger! Je vous dis pas le résultat! Dégueulasse! Et comme on est payé au rendement, faut assurer. Pas question de lambiner devant la télé. Boulot, boulot! Ce que je préfère, quand même, ce sont les envois de catalogues pour Charnel, le spécialiste d'articles … Ah! Vous connaissez? C'est mon plus gros client.
En attendant, pas le temps de traînasser devant les fenêtres, moi. Je bosse dur. Désolé, je ne peux rien vous dire de plus.
Mais la vierge Marie, il ne faut pas la croire. Elle a des visions, rapport au manque. L'autre jour … oui je comprends, vous aussi vous avez du boulot. Normal. Je retourne à mes enveloppes. Plus que trois mille deux cent soixante dix sept.
©Fabeli
A suivre...
Madame Estelle Lange, 2ème étage, porte B.
Non, maman n'est pas là, elle est
au coiffeur. Vous avez trouvé le coupable? Vous allez l'arrêter? Vous avez des
menottes? Des vraies? Pas comme celles de maman, celles qui sont dans la table
de nuit, en plastoc. Elle dit, maman, que c'est au cas où, pour les
cambrioleurs. En plastoc! Ils vont rigoler, les cambrioleurs, surtout quand ils
verront maman avec sa mini jupe en faux cuir et son soutien-gorge assorti. Elle
dort des fois comme ça, maman. Je l'ai vue. Lui dîtes pas, hein!
C'est pour le coup, chez Momo, que vous êtes là? Il est gentil, Momo. Et un flingue? Vous avez un flingue? Un pistolet, quoi! Il est caché où? Vous allez arrêter Momo, c'est le borgne qui l'a dit tout à l'heure, à la poste. Maman attendait un colis. Elle m'a donné la boite pour faire un garage, celle là, la rouge, avec du papier bulle. J'aime bien le papier bulle, ça pète. Pan! Pan! Il a rien fait Momo. Il me donne des bonbons, plein. Et il fait des sourires à maman, plein aussi. Sauf quand il y a du monde dans la boutique. Je pourrais pas vous aider? Vous savez, comme dans les films, on resterait caché dans une voiture, avec du café et des cigarettes, et…
Non, j'ai rien vu, j'étais même pas là. Je dormais chez Tante Amélie. C'est pas ma vraie tante. C'est juste une copine à maman. Je vais dormir chez elle quand maman a trop de travail. Ma maman, elle est consolatrice. Elle console les messieurs qui ont un gros chagrin, elle leur raconte des histoires au téléphone. Je ne dois pas écouter aux portes. C'est vilain. Je regarde la télé. Moi, ce que je préfère, c'est les films policiers. Pan! Pan! Avec du sang partout!
Je commence quand? … Ben, à vous aider!
©Fabeli
A suivre...