15 novembre 2010

100 mots pour briller

On avait décidé qu’on n’en mettrait pas. Trop enfantin. La petite plaque en sucre chimique avec ses lettres dorées, c’est suffisant. Pourtant, au dernier moment, alors que le gâteau est sur le plat, prêt à partir, on décide que, oui, on en mettra. Tant pis pour le côté puéril de la chose.

Vite, chercher le paquet dans le placard, vite, planter au hasard, il n’y a pas le nombre, ce n’est pas grave, on va s’arranger avec les mathématiques, vite, le briquet.

Eteignez les lumières !

Dans la pénombre, à la lueur fragile des bougies d’anniversaire, tous les yeux brillent.


                     bougies_anniv

 

                                                                                                   © Fabeli 2010

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09 novembre 2010

Bon appétit

colisUn petit texte publié autrefois sur le chantier...

Ça s’est joué à quelques minutes. Quinze, vingt minutes peut-être. A cause du facteur qui a décidé de faire sa tournée par le haut.
Marcelline avait la cuillère à la main quand le carillon de la porte d’entrée a retenti. Autour d’elle, les chiens s’agitaient depuis déjà un moment, excités par le fumet de la gamelle. Marcelline a posé la cuillère et fermé la porte de la cuisine pour étouffer les aboiements assourdissant. Puis, tout en s’essuyant les mains sur sa blouse, elle a trotté de son pas menu vers la porte.
Derrière le verre dépoli elle a déjà reconnu le facteur, silhouette sombre et casquette à visière. Dans ses mains, il tient un paquet. La vieille dame étouffe un petit cri de surprise. Un colis pour Marcelline !

Elle ouvre la porte avec un grand sourire, salue Francis, le titulaire de la tournée, et lorgne le paquet d’un œil gourmand. S’agit-il du colis de fin d’année que le maire offre aux personnes âgées de la commune ? Des chocolats, de la liqueur, du pâté ! Marcelline signe le reçu tandis que Francis la taquine. Est-ce que ce n’est pas plutôt de la lingerie affriolante ?

Dans la cuisine les chiens manifestent leur impatience. Marcelline fait la sourde oreille, s’accordant le plaisir de bavarder avec Francis. Des nouvelles du fils aîné, une recette pour sa femme, le point sur la météo capricieuse. Le facteur s’inquiète à son tour de la vieille dame. Les chiens confiés par le voisin ne la fatiguent pas trop ? C’est bien demain que doit rentrer leur maître, après une semaine de vacances ? Ce sont de braves bêtes. Bien sûr, il leur faudrait un peu plus d’exercice. Bon, il est temps de reprendre la tournée. Marcelline remercie le garçon pour sa gentillesse, referme la porte et dépose avec regret le colis sur la console de l’entrée Les chiens braillent toujours dans la cuisine. « C’est l’heure ! Qu’est-ce que tu fais ? »

C’est en poussant la porte que le malaise est survenu. Sans un cri, Marcelline s’est effondrée, pauvre poupée de chiffon abandonnée. Sur la fonte du radiateur, sa tête a cogné avec un bruit sec. Hugo, le plus jeune des boxers, a gémi quand il a reçu le bras de la vieille dame sur le museau. Mais c’est Doxo, son père, qui s’est approché le premier en reniflant.

Et voilà ! Si Francis avait commencé sa tournée par le bas du coteau, les chiens auraient mangé. A vingt minutes près, l’estomac plein, ils n’auraient peut-être pas senti le sang qui coulait de la tempe de Marcelline sur le carrelage.

 

© Fabienne Rivayran 2009


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28 octobre 2010

Rumeurs d'automne

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Besoin d'un temps de vacance(s)
Je serai ailleurs que dans l'atelier.
Mais la porte reste ouverte, comme toujours...


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21 octobre 2010

Peur de quoi ?

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J’ai peur des bestioles qui se faufilent partout. J’ai peur de la foule quand elle se met en mouvement. J’ai peur du tonnerre au plus fort de l’orage. J’ai peur du vide, je ne supporte plus de sortir sur un balcon au-delà du 5ème étage. J’ai peur de l’eau profonde quand c’est tout sombre dessous et que mes pieds n’ont plus d’appui.

J’ai peur de rester seule. Pas pour quelques heures ou quelques jours. J’ai peur de rester seule pour le reste de ma vie. J’ai peur de ne pas y arriver. A ne pas rester seule.

Je n’ai pas peur de continuer. Je n’ai pas peur d’essayer. Je n’ai pas peur d’apprendre encore.
Je n’ai pas peur de moi, je me suis apprivoisée.   Je n’ai pas peur de vieillir mais je voudrais que ce soit bien. Je n’ai pas peur de l’univers à condition de garder les pieds sur terre.

Je n’ai pas peur de pardonner. Je n’ai pas peur de me tromper. Je n’ai pas peur de le dire.

Je n’ai pas peur des mots. Je n’ai pas peur de leur vérité. Je n’ai pas peur d’écrire.

Je n’ai pas peur d’avoir peur.

© Fabeli 22.07.10

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19 octobre 2010

Les dessous de tables

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Nicole Versailles
Editions Memory Press 2010

 

J’aurais pu le commander chez mon libraire, avec lui tout est possible.

Mais passer directement par l’auteure, imaginer la dédicace manuscrite, savourer ce lien postal entre elle et moi, un pas de plus vers la réalité d’une rencontre possible, un jour, peut-être…

Et puis, un midi, l’enveloppe est là, dans ma boite aux lettres. Débarrassés de leur habit de papier, « Les dessous de tables » sont entre mes mains. J’aime la couverture, blanc virginal barré de rouge, j’aime le clin d’œil de l’image inversée. Mais je n’ai pas le temps de lire, là. Juste 30 minutes, avant de repartir, rendez-vous chez le kiné.
Non, je l’ouvrirai ce soir, tranquille, après le dîner, quand la cuisine sera rangée, nettoyée, quand la fille aura fini de dire "maman-ci, maman-là", quand l'homme sera occupé à la télé ou à ses propres lectures, quand le linge sera mis à sécher, quand je pourrai rejoindre mon bateau-lit, celui qui m’emmène en voyage de lecture. Oh ! Que c’est loin, ce soir !

Donc, j'ai moi aussi regardé ce qu'il se passe sous la table, pendant ces repas de tous les jours ou de fête, quand on croit que tout va bien... et puis non, à bien y regarder, rien ne va, il y a des petites fêlures (et pas seulement sur la vaisselle!), il y a même parfois de grosses cassures.
Et voilà l'auteure qui entre en scène et met en lumière les fêlures, cassures et autres brisures de vie.

Chaque histoire est concoctée avec précision, il y en a pour tous les goûts. Un petit meurtre par-ci, un chagrin d'amour par-là, de vilains souvenirs qui reviennent à la gorge... Bon appétit, m'sieur-dames!!! la vie est rarement un repas tranquille!

Mes trois préférées

L’échange- Les amis de Gustave- Une bonne soupe en sachet.



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12 octobre 2010

Embrasse-moi

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Embrasse-moi. S’il te plait, embrasse-moi. Arrête de crier. Je n’ai rien fait. Je ne comprends pas ce que tu dis.

Embrasse-moi. Lâche mon bras, tu me fais mal. Ce n’est pas de moi dont tu parles. Cette fille qui t’a mis en colère, ce n’est pas moi. J’essaie toujours de te faire plaisir parce que je t’aime. Mais toi, tu ne le vois pas. Tu veux encore autre chose que je ne peux pas te donner.

Embrasse-moi. Ne te laisse pas emporter par ta colère, accroche-toi, tout peut encore s’arrêter.

Embrasse-moi. Je voudrais tant que tu effaces d’un baiser tout le mal que tu m’as fait. Je voudrais tant voir à nouveau ton beau visage souriant et sentir ta main si douce sur mon épaule.

Embrasse-moi. Où est passé le jeune homme qui m’a charmée d’un baiser ?

Je te regarde, rouge de rage, tu cries, tu craches toutes ces horreurs qui tombent sur moi. A coup de poing, à coup de pieds, tu cognes ta haine et ton désespoir.
Et je saigne.

© Fabeli mars 2010

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06 octobre 2010

100 mots pour dormir


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Je compte les moutons.
Les voisins s’attardent autour d’une dispute.
Je compte les pattes des moutons.
Un troupeau de chats s’affronte pour l’honneur d’un toit
Je compte les brins d’herbe sous les pattes des moutons.
Une sirène s’affole dans la nuit.
Je compte les étoiles dans le ciel au-dessus des moutons.
Je les regarde s’éteindre une par une et le noir du ciel s’habille d’écharpes d’un bleu très pâle.
Le voisin s’avance et siffle longuement pour rassembler les moutons. Un chat géant le précède pour soulever la barrière. Ils repartent vers d’autres prairies, sous d’autres insomnies.
Le matin est là.

© Fabeli 2010


Et si vous voulez savoir comment j'ai occupé mon week end,

rendez-vous ici...


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29 septembre 2010

Dentelles et vieilles luxures

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Vous avez été servi par Muriel. Vous ne le saviez pas avant d'apercevoir le petit rectangle de plastique piqué sur le haut de son sein gauche. Vous êtes venu là en passant, dites-vous, pour rien. Vous avez flâné un moment devant le rayon des pyjamas. C'était une belle journée, rappelez-vous, un soleil franc avait tenu à s'installer dès le matin. Le printemps devenait une évidence. Dans cette boutique de la rue d'Angleterre, les vendeuses affichaient des tenues légères, en accord avec le ciel bleu. Les femmes ne savent pas résister aux premiers rayons de soleil. Il faut tout de suite qu'elles tirent de leurs armoires des robes ou des jupes toutes fines qui dansent sur leurs jambes habillées de bas. Parce qu'il n'est pas question pour elles de montrer la peau nue, elle est pour l'instant trop blanche. Alors elles trichent avec des bas si fins, si bien tendus, qu'on ne les voit pas. Toutes ces jeunes femmes autour de vous, si légèrement habillées, riant peut-être comme rient les femmes un jour de printemps garni de soleil…

Quand Muriel vous a rejoint, vous arriviez, comme par hasard, devant la première étagère de lingerie, le rayon d'une grande marque, celle qui placarde à tous les arrêts de bus ces corps de femmes trop justement vêtues. Vous auriez pu dire "non, merci, je regarde" en réponse à la question professionnelle de la vendeuse. Mais non! Vous n'avez pas pu résister! Vous avez simulé un acte d'achat. Vous avez parlé d'un cadeau, d'une fiancée peu farouche, des détails, encore des détails!

Au début, Muriel devait se retenir de rire, elle lançait sans doute des coups d'œil amusés à ses collègues. Vous savez, elles ont l'habitude, dans ce genre de magasin. Il y a les timides, qui ne trouvent pas les mots pour exprimer leurs souhaits, qui repartent avec du blanc virginal quand ils rêvent de noir sensuel ou de rouge transgressif. Et puis il y a les autres, ceux qui ne savent pas se retenir, ceux qui profitent de la situation pour s'offrir quelques sensations. Ceux-là déballent très vite le jeu sordide de leur esprit tordu. Ils expliquent avec force détails le but de leur visite, ils s'étalent, se répandent, sans aucune gêne pour les jeunes femmes écœurées qui gardent un sourire de circonstance dans l'espoir d'ajouter une vente à l'objectif obligé du jour. Elles écoutent sans entendre cette flopée de mots qui déboulent de votre bouche, elles reçoivent sans broncher cette débâcle de phrases.
Muriel a fait comme les autres, elle vous a écouté. Elle vous a proposé différents modèles, s'appliquant à déplier, comparer, argumenter. Elle est restée polie et efficace malgré vos sous-entendus déplacés et certains de vos gestes sans équivoque.

Avec la crise, les temps sont durs pour les commerçants. Vous pouvez être sûr que, chaque matin, la responsable de la boutique reçoit de sa direction des objectifs précis à atteindre. Précis et exorbitants. Alors cette même responsable exhorte son équipe de vendeuses avec une méchante véhémence, elle parle sûrement de risque de fermeture, de chômage, de licenciement. Et Muriel, comme les autres, commence sa journée avec, au fond du cœur, la morsure de l'angoisse. Elle pense à son loyer, elle pense au crédit de sa petite voiture d'occasion, elle pense aux files d'attente dans les bureaux du Pôle Emploi. Pour chasser l'angoisse, elle se concentre sur son travail. Et son travail consiste à vous écouter, vous et vos semblables.
Quarante cinq minutes! Elle vous a supporté pendant quarante cinq minutes, monsieur Lecoeur. Et tout ça pour quoi? Pour rien! Vous êtes reparti au bout de tout ce temps sans rien acheter, pas même une petite culotte de rien du tout.

Vous me dites, monsieur Lecoeur, que, mardi soir, lors de votre agression dans le couloir qui conduit à votre chambre, il vous a semblé, parmi les trois agresseurs, reconnaître Muriel. Vous avez parlé de sa silhouette, de ses jambes, que vous pouviez voir alors que vous tentiez de vous protéger en restant courbé, bras par-dessus tête. Vous avez même identifié son parfum. Je ne peux que vous féliciter pour la précision de votre témoignage. Le seul inconvénient, monsieur Lecoeur, réside dans l'incompatibilité horaire entre votre agression et la possible présence de Muriel sur les lieux. Car, voyez-vous, à vingt deux heures, alors que vous remontiez vers votre chambre, mademoiselle Azéra se trouvait avec ses collègues, dans les salons d'un grand hôtel de la ville, assistant à la présentation de la nouvelle collection d'une grande marque de lingerie, oui, justement, celle des abris- bus.
Monsieur Lecoeur, ce ne sont pas moins de trente personnes qui témoignent de la présence de cette jeune femme de vingt heures à vingt trois heures quinze. Vous voudrez bien me pardonner si je me sens quelque peu obligé d'accorder du crédit à ces témoignages.
D'autant que le docteur Labarthe, qui vous a examiné juste après l'agression, relève un fort décalage entre les coups que vous dites avoir reçu et les traces, légères, que vous portez sur le corps. Traces que le docteur trouverait plus logique d'expliquer par une chute dans un escalier par exemple, comme les trois ou quatre marches qui mènent au salon.

Monsieur Lecoeur, je crois bien que notre entretien touche à sa fin. Mademoiselle Azéra ne souhaite pas porter plainte malgré vos accusations mensongères. La dernière fois que nous nous sommes vus, vous aviez été victime d'un chauffard qui avait tenté de vous écraser. Vous aviez reconnu au volant de la voiture la jeune vendeuse d'une boutique de lingerie située à la périphérie de la ville. Et je crois avoir vu dans votre dossier une note de mon prédécesseur faisant état d'un cambriolage dans votre chambre, au cours duquel vous auriez reconnu mademoiselle Latapie, jeune apprentie à la boutique de lingerie du centre commercial. Dans toutes ces affaires, heureusement pour elles, ces charmantes et innocentes jeunes femmes avaient un alibi solide.

Monsieur Lecoeur, il y a encore quatre enseignes de lingerie fine dans notre ville. Je vous conseille fortement d'éviter de pousser la porte de ces boutiques. Je me verrais sinon dans l'obligation de prendre des mesures sévères. Vous comprenez bien ce que je veux dire, monsieur Lecoeur? Parfait. Nous en resterons là pour aujourd'hui.
Marchal, vous raccompagnez monsieur Lecoeur à sa maison de retraite, s'il vous plait!

© Fabienne Rivayran 2010

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22 septembre 2010

Sushi Party

Il y a quelques temps je vous proposais à lire un texte
destiné à paraître en recueil collectif jeunesse,

édité par Les Noires de Pau.

Et le voilà! tout beau tout bleu, ce recueil*!

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Ma petite chinoise sur canapé a donc trouvé refuge
entre les pages de cet ouvrage,
en compagnie de 9 autres textes
sur le thème de l'Asie et les mangas.

Et je suis toute fière!!!

* on peut commander sur le site des Noires de Pau

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18 septembre 2010

100 mots pour rire

Ne te fatigue pas.
Je n’ai pas envie.
Pas envie de remonter les coins de ma bouche.
Pas envie d’avoir les yeux  brillants.
Pas envie de laisser mes cordes vocales s’agiter de sons bruyants.

Je ne veux pas me laisser distraire de mes préoccupations, ruminations
et autres angoisses du moment.

Tu vois, ma bouche reste fermée en une ligne mince et sévère.
Mes yeux sont tristes.


Arrête de faire le clown.
C’est inutile.
Je n’ai vraiment pas le cœur à…

Hi ! Hi ! …Hi ! Hi !...Ah ! Ah ! Ah !

C’est bon de rire avec toi !

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© Fabeli 2010

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