05 janvier 2015

voeux

voeux faby

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25 décembre 2014

Le bonheur à l'oreille

 

 

Bang! La porte a claqué. C'est sûr, vu la façon dont je l'ai poussée. Pas fait exprès. J'avais les bras chargés, j'ai donné un coup de pied. Bang! Le voisin va encore râler. Il me trouve bruyant. Il va même peut-être s'exciter sur son balai. Toc, toc, toc, contre le plafond, juste sous mes pieds! Ça ne sert à rien mais ça le défoule. Et je finirai par trouver un papier dans la boite aux lettres, un mot doux, gavé de tendresse!

Inès n'est pas encore rentrée, l'appartement est vide, à part le chat qui miaule à tue tête. Miaou, miaou! Ça va, ça va, pousse toi de là, tu vas l'avoir ta bouffe! Attends au moins que je pose les courses. Ecoute! Cric, cric, cric! Tu entends? Tu as reconnu le bruit de l'ouvre boite? On ne te la fait pas à toi. Tu as l'ouie hypertrophiée. Et ça, qu'est-ce que c'est? Cling, cling! La cuillère contre ta gamelle, gagné! Clac! Ton assiette est à peine posée et déjà tu as la bouche pleine. Goinfre, va!

Ta vie est suspendue à tes oreilles. Jamais de repos pour ces veilleuses essentielles. Elles traquent le moindre son, s'attachent à ne rien louper. A présent que son altesse est servie, je peux ranger mes paquets. J'ai trouvé chez Sonia un banon bien crémeux. Inès en raffole. Elle va encore me taquiner, "tu es passé voir ta petite fiancée". Sonia est une chic fille, c'est vrai, j'aime son sourire, toujours frais, toujours sincère. J'ai sursauté au coin de la rue, tout à l'heure, quand elle a posé la main sur mon épaule. Elle était toute essoufflée. Sa poitrine se creusait violemment. Elle riait de ne pas pouvoir sortir un mot en agitant mes clefs comme une clochette. J'ai posé mes paquets au sol, calés contre mes jambes et j'ai saisi le trousseau. Sonia a fini par articuler, quelque chose, que je les avais oublié sur le comptoir sans doute, qu'elle avait couru après moi. Ses joues étaient rougies par l'effort, et une frise de sueur se dessinait à la racine de ses cheveux. Je sais qu'elle n'aurait pas couru comme ça pour tous ses clients. Je l'ai remercié et j'ai levé mon pouce pour la féliciter de son exploit. En repartant vers sa petite crémerie, au bout de la rue, elle s'est retournée pour me faire un signe de la main. Elle m'aime bien, Sonia, elle a pour moi des gentillesses particulières. Une bricole glissée dans mon sac au dernier moment, un supplément de fromage après la pesée. J'en ai parlé à Inès, elle n'est pas vraiment jalouse, elle en profite juste un peu pour me taquiner.

Que se passe-t-il, le chat? Pourquoi cette mine effarée? C'est le bruit qui te fait peur? Tu sens le sol vibrer sous tes pattes et dans tes oreilles le chahut métallique des rails? C'est le train de six heures trente! Ce n'est rien! Tu devrais avoir l'habitude, depuis le temps! Ne te plains pas, le quartier est plutôt calme, ici, malgré les trains.

Tu n'as pas idée du vacarme dans lequel j'ai grandi. Clang! Clang! Les barres métalliques balancées sur le chantier voisin en guise de réveil matin. Wouh! Wouh! Quatre fois par jour, les sirènes de l'usine chimique, avalant ou dégueulant sa cargaison d'ouvriers, pauvres Schtroumfs à la solde des machines.

Dans la cour de ma cité, au milieu des postes radio meuglant sans fin, une tripotée de mioches gueulards passait son temps à se taper dessus et ça finissait toujours par des cris et des pleurs agressifs. Et je ne te parle pas des hurlements des mères découvrant leurs tronches amochées et leurs fringues en charpie.

Moi j'étais un gamin plutôt solitaire, un peu timide. Entre ma mère, perdue dans ses rêves narcotiques et mon père, détrempé d'alcool du soir au matin, j'ai vite compris qu'il valait mieux ne pas me faire remarquer. Je passais des heures le nez dans mes bouquins, je me faufilais entre les pages pour qu'on m'oublie. J'embarquais alors pour de longs voyages en terres étrangères. Explorateur, pirate, aviateur, gardien de phare, sur le fil des mots, je n'avais peur de rien. Partir. Partir loin de cette vie sordide et bruyante.

J'ai rêvé tant de fois que mes oreilles se fermaient, s'ensablaient à jamais. Oublier ce boucan quotidien, cette bouillie braillante dans laquelle je trempais à longueur de journée. Ignorer la promiscuité sonore. M'enfuir, m'évader, disparaître dans un monde blanc de silence. Ne plus redouter, la nuit, le vacarme de la ville insomniaque, les grondements du trafic sur le périphérique, les hurlements des ambulances, les crissements effroyables des chauffards déchaînés. Loin de la folie humaine, mes tympans, définitivement sclérosés, me protégeraient du bruit sourd des coups derrière la cloison de ma chambre, les coups innommables que recevait ma mère sans un cri.

Tu as fini de manger, le chat? Viens, on va attendre le retour d'Inès, là-bas, sur le fauteuil, près de la fenêtre ouverte. Minou, minou, minou! Tu m'entends? Viens sur mes genoux. Aïe! Arrête de me griffer! Quoi? C'est ce chien qui passe dans la rue qui t'effraie? Calme-toi! Tu as senti son odeur mais le chien est loin. Je le vois sur le trottoir, il aboie. Ouaf! Ouaf. Son poil se hérisse, il s'excite après les jambes d'une grand-mère effrayée. N'aie pas peur! Je sens ton petit cœur qui bat, boum, boum, boum, sous ma main. Là, sois sage, tu ne risques rien, tu peux dormir tranquille. Inès ne va plus tarder, il est sept heures. Le clocher de saint Pierre, sur la place, a dû carillonner puisque le boulanger ferme sa boutique.

 

J'ai rêvé d'être sourd avant de savoir qu'il existait autre chose qu'une vie de vacarme et de peur. Je ne voyais que ce moyen de m'en sortir. Et Inès est venue. Avec le clac-clac impatient de ses talons dans les couloirs du lycée. Avec son rire facile comme une source fraîche. Et sa trousse qu'elle ouvrait, zip! d'un geste sûr, pour saisir le crayon ou la gomme que je finissais par oser lui demander. Je n'avais plus besoin d'implorer le silence. Je vivais suspendu aux lèvres d'Inès, je goûtais ses mots, ses rires, ses soupirs. Je bénissais mes facultés auditives. Grâce à elles j'ai pu percevoir ses "je t'aime" glissés au creux de mon oreille.

Inès, vois-tu, m'a réconcilié avec les sons et les gens. Elle m'a initié aux petits bruits de la ville : le chant du vent entre les tours, les roucoulades d'un oiseau quand soudain le soleil se couche. Avec elle, j'ai découvert le chuchotement des cigales dans l'herbe du terrain vague, le murmure de sa jupe doucement relevée, le souffle de ma main sur la peau de son ventre. Et le froissement de nos baisers sans cesse renouvelés. J'ai lavé mes oreilles à l'eau neuve de son amour. Je suis devenu son plus fidèle auditeur.

Le jour où l'usine a pété, ce rêve dont je ne voulais plus s'est réalisé. Un boum monstrueux a pulvérisé le verre, le métal, la pierre. La rencontre explosive d'une fuite de gaz et d'une flamme accidentelle a désintégré des dizaines de pantins bleus qui ne demandaient rien, et mes tympans, aussi.

Bienvenue au pays du silence assourdissant!

L'instant d'avant je vivais dans le monde sonore des « entendants », l'instant d'après je me suis réveillé dans ce monde blanc de silence dont j'avais cessé de rêver.

J'ai perdu les bruits de la ville, les boucans, tintamarres, chahuts, et autres raffuts, mais je garde en mémoire la musique de l'amour. Inès, je l'entends mieux que personne.

J'observe le frémissement de sa robe qui s'envole dans la pénombre de la chambre, je guette le frôlement de ses cuisses sur le drap. Je connais sur le bout des lèvres le battement de sa peau, le frémissement de son ventre, le bruissement délicieux de sa chair offerte. Je suis le champion de sa géographie sonore.

Sourd je vais rester jusqu'à la fin de mes jours. Sourd à la violence, à l'intolérance. Sourd à l'ignorance, la bêtise et la peur.

Désormais je vis au rythme de ma musique intérieure. Je n'entends que ce que je veux. Les vibrations de ton ventre de chat heureux, le frémissement de l'air du soir qui s'écoule doucement vers la nuit. Le rire d'Inès qui agitera ses petits seins sous le corsage soyeux quand elle va nous trouver là, presque endormis, toi l'aveugle et moi le sourd, son couple infernal, comme elle nous appelle. Chut! Ne bouge plus! Ecoute, écoute avec moi le silence du bonheur.

©Fabienne Rivayran

 Ce texte a été publié dans le n° 8 de la revue Lu-si

 

 

 

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24 décembre 2014

extrait zeste d'esprit

 

 

 C'est avec Lucie, ma grand-mère, que je suis venu pour la première fois aux halles. Dès que j'ai eu cinq ans, chaque samedi, elle m'a tenu par la main dans les allées de cette ville miniature. Sitôt passée la frontière des lames de plastiques, j'entrais au paradis. Ma grand-mère avait à cœur d'éduquer dans la tradition familiale ce premier petit-fils, cadeau du ciel après trois fausses couches. Isabelle, sa fille, ma mère, cuisinière à la Villa Navarre, hôtel particulier, vieille noblesse anglaise. Pascal, son gendre, mon père, boucher à Nay, entreprise familiale, troisième génération.

 

« Bienvenue à l'école du goût, mon petit Louis. Tiens, goûte-moi ce jambon du pays, salé à point, séché au vent de la patience. Et cette tomme de brebis, fabriquée là-haut, sous l'œil vigilant de l'Ossau*. Et ces myrtilles, peignées avec douceur, dont l'encre sucrée se marie avec le greuilh**. Et cette andouille, si poivrée qu'elle te réveillerait un mort… »

 

 

J'ai goûté, goûté, goûté ! De petit Louis je suis devenu grand Louis, un mètre quatre-vingt-dix, cent cinq kilos de muscles occupés à guetter le porteur de ballon sur les stades du canton.

 

Mamé Lucie, tu es fière de moi, n'est-ce pas ? J'ai fait honneur à ta patiente éducation, j'ai appris à manger avec les yeux et le cœur et le jour où tu es partie t'asseoir sur un coin de nuage, c'est dans une assiette de garbure que j'ai noyé mon chagrin.

Extrait de "zeste d'esprit"

(in "Au cours du marché", Jacques Flament éditions)

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23 décembre 2014

Baiser

Embrasse-moi

 

Embrasse-moi. S’il te plait, embrasse-moi. Arrête de crier. Je n’ai rien fait. Je ne comprends pas ce que tu dis.

 

Embrasse-moi. Lâche mon bras, tu me fais mal. Ce n’est pas de moi dont tu parles. Cette fille qui t’a mis en colère, ce n’est pas moi. J’essaie toujours de te faire plaisir parce que je t’aime. Mais toi, tu ne le vois pas. Tu veux encore autre chose que je ne peux pas te donner.

 

Embrasse-moi. Ne te laisse pas emporter par ta colère, accroche-toi, tout peut encore s’arrêter.

 

Embrasse-moi. Je voudrais tant que tu effaces d’un baiser tout le mal que tu m’as fait. Je voudrais tant voir à nouveau ton beau visage souriant et sentir ta main si douce sur mon épaule.

 

Où est passé le jeune homme qui m’a charmée d’un baiser ? Je n’ai pas vu le monstre que tu es devenu.

 

Je te regarde, rouge de rage, tu cries, tu craches toutes ces horreurs qui tombent sur moi. A coup de poing, à coup de pieds, tu cognes ta haine et ton désespoir. Mais c’est moi qui saigne.

 

 

 

Ce texte a été publié dans le n°7 de la revue Lu-si, éditée par une équipe très sympa!

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21 décembre 2014

extrait de Bon pain, bon oeil

 

J'ai mal commencé la journée avec cette saleté de cendrier qui a valdingué sur le carrelage. Verre en miettes, mégots, poussières de cendres, cochonneries ! Et vas-y que je ramasse à la pelle les débris, y'en a partout, ça s'infiltre, ça s'envole, c'est tout noir, gris, sale ! Du temps perdu ! Cette sale clope, c'est sûr, je ferais mieux d'arrêter. Le toubib m'a encore engueulé la semaine dernière en agitant son stéthoscope comme un malade. J'ai bien cru qu'il allait se crever un œil. Me paraît bien nerveux, le toubib, devrait voir un docteur. Des cachetons, un peu de repos et ça ira mieux. Fera moins le malin avec ses patients.

 

Rien demandé, moi. Je clope, bon. C'est mauvais pour ma santé, bon. Et alors ? Qu'est-ce que ça peut lui foutre au toubib ? Un de plus, un de moins sur cette terre, qui verra la différence ? Lacaze, avec son panier et sa gueule infernale, il s'en fout que je sois là ou pas. Ira demander à Michaud, au bout de la rue, de l'emmener au marché. Je crève si je veux. Et je demande rien à personne ! Et je dois rien à personne !

 

Extrait de "Bon pain bon oeil"

(in "Au cours du marché", Jacques Flament éditions)

au-cours-du-marche

 

 

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19 décembre 2014

extrait de flou artistique

 

Qu’est-ce que vous allez faire de lui ? Il n’y est pour rien. C’est moi. C’est de ma faute. Je vais tout vous expliquer.C’est un artiste. C’est un sensible. Je le connais bien. On s’est rencontré en septembre. Il travaille chez les frères Fitte, les photographes, rue de la Préfecture. Moi je travaille au café Michel. C’est juste en face, à gauche en sortant de la Halle. Je suis serveuse. Je remplace Guy, mon frère, parti au front. Il est rentré à la fin du mois de novembre. Il lui manque un bras et son visage est recousu. C’est un obus. Ça fait de sacrés dégâts ces trucs-là. Emile, c’est un fragile. Presque un enfant. Il m’a plu tout de suite avec sa figure fine, ses grands yeux doux, ses chemises de dentelle. Il venait manger chaque midi. Il m’appelait mademoiselle et disait merci quand je posais son assiette devant lui. S’il n’y avait pas eu cet avis de recensement dans le journal, rien ne serait arrivé. C’était le 14 décembre, ça je m’en souviens bien. Le jour de ma fête.

 

Mathilde était venue m’attendre. Elle faisait les cent pas devant la vitrine. Mes patrons riaient. Ils se moquaient un peu de moi. « Elle a l’air d’avoir du caractère, cette petite, Émile ! » C’est vrai qu’elle sait ce qu’elle veut, Mathilde. Elle a dû se débrouiller seule très tôt. On m’a dit que son père est un bon à rien. Sa mère est partie travailler à Tarbes, à l’Arsenal. Et son frère ne peut plus grand chose pour elle, maintenant. C’est une fille courageuse. Jolie, aussi.
Quand je suis sorti, elle m’a sauté au cou.
– J’ai une bonne nouvelle ! Monsieur Loustalot te prend deux tableaux pour la Tombola des Beaux-Arts. Il me l’a dit, ce soir, en venant faire sa partie de cartes.
C’est Mathilde qui avait eu l’idée de m’envoyer montrer mes toiles à monsieur Loustalot, le conservateur du Musée des Beaux-Arts. Elle battait des mains et piquait des baisers sur mes joues.
– Tu vois, je te l’avais bien dit ! Tu peux me faire confiance. Tu seras un peintre célèbre et je serai ta muse ! Tiens, regarde, j’ai la liste des artistes qui sont déjà inscrits.
Elle m’a tendu une feuille de journal en riant.

 

Extrait de "Flou artistique"

(in recueil collectif "Pages 14-18" )

 

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17 décembre 2014

extrait de Vous l'aimez comment?

 

A présent que maman nous échappe par petits bouts, il est inutile de chercher à régler des comptes. C’est ma sœur après tout. Demain matin, elle va descendre du train avec son sac Hermès et ses talons hauts. Elle aura trouvé que, même en première, le voyage est fatigant, il y avait du bruit, un homme qui parlait fort… Elle va m’embrasser du bout des lèvres, détaillant sans un mot mon visage fatigué que je ne fais même pas l’effort de maquiller. Elle finira par me le dire, à un moment ou à un autre de la journée.

 

Il faut absolument que je l’appelle, ce soir, pour la prévenir. La dernière fois, ça ne se voyait pas autant, on pouvait encore avoir une conversation presque normale. Muriel avait trouvé que, pour son âge, maman était bien. « Regarde, elle se maquille toujours, elle aime s’habiller, même pour sortir dans le parc. »

 

Mais demain, lorsqu’elle ne retrouvera plus sa mère dans cette femme absente à elle-même, elle va se tourner vers moi. Dans ses yeux, je verrai sa colère et son désarroi.

 

- Tu ne m’avais pas dit que...

 

Si, Muriel, je t’ai dit. En tout cas j’ai essayé. Mais qu’as-tu bien voulu entendre ?

Extrait de "Vous l'aimez comment?"

(in "Au cours du marché", Jacques Flament éditions)

au-cours-du-marche

 

 

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16 décembre 2014

extrait de En plein coeur

 

T’as pas de cœur", qu’elles me disaient, "nous, on t’aime mais pas toi, t’as un cœur de pierre"

Faudrait savoir ! J’ai un cœur ou j’ai pas de cœur ? D’abord, qu’est-ce que vous en savez vous autres, qui m’avez regardée grandir du coin de l’œil ? Vous êtes déjà venus vérifier à l’intérieur ? Vous avez posé la main pour savoir s’il y a un tam-tam, là, dans ma poitrine ? Non ! Personne n’est venu voir. Y’a peut-être rien à voir d’ailleurs…

Comment savoir si on a un cœur? Est-ce que ça suffit de l'entendre battre? Est-ce qu'il est seulement question de cette boule de chair dégueulasse que je n'ai pas voulu découper en cours de sciences? Un cœur de canard, un cœur de mouton, un cœur d'homme, c'est du pareil au même? Je me souviens de Marine, une copine du collège, que sa mère avait appelé "mon petit cœur" devant tout le monde et Marine qui l'engueulait salement et la mère qui restait là, plantée sur le trottoir, à deux doigts de chialer. Elle me faisait de la peine, cette femme, avec son visage tout froissé. J'ai pensé très vite que si ma mère avait…mais non, qu'est ce que je raconte, j'ai pas de mère!

 

Extrait de "En plein coeur"

 (in "Ici on aime)

 

IOA recadré

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13 décembre 2014

extrait de Villa des anges

 

Jeanne a crié une première fois, puis plus rien. Seulement le murmure agacé d’une femme fatiguée. Maria fumait une cigarette dans le noir de la terrasse.

Les voix se sont enflées soudain. Portes bousculées, murs cognés. Des coups, des cris, des coups, des cris. Amaïa se réveille en pleurant. Jeanne cherche à la calmer d’une voix sourde. Maria, cigarette en suspend, voudrait que tout s’arrête. Un bruit de verre brisé, Jeanne crie, crie encore. Bousculade, silence, cris, hurlements.

Maria, Maria, viens! Viens ! 

 Le ventre en béton, le cœur dans le vide, courir, grimper l’escalier, débouler dans la chambre. Jeanne assise sur son lit, emmêlée dans le foulard. Amaïa serrée contre sa poitrine, immobile, insensible aux câlins hystériques de sa mère. Une tâche rouge sur la robe légère. Si rouge.

Jacques finit de briser ses doigts sur le mur.

 

L’enfer en quelques secondes. Affolement, désordre, panique.

- C’est pour un bébé, une chute, non, oui …un accident, vite !

Une nuit d’enfer, sirènes hurlantes, gyrophares, hôpital, Amaïa minuscule petite chose inerte emportée par des inconnus. Attendre. Pleurer. Attendre encore. Dans le couloir tiède, vient enfin un médecin fatigué, blouse froissée, barbe naissante. Il a dans les yeux des mots effrayants. A ses pieds, Jeanne s’affaisse, pauvre marionnette privée de fil. Jacques, mains bandées, regard vide, debout, seul, contre un mur.

 

Extrait de "Villa des anges"

 (in "Ici on aime)

 

IOA recadré

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12 décembre 2014

extrait de Météo marine

 

Vendredi : Ciel variable devenant très nuageux. Mer agitée. Vent force 5.

 6h13. Chiffres rouges, cadran noir. Soif. Repousser la couette, basculer les jambes. Froid le carrelage sous les pieds nus. Cuisine. Evier, ouvrir l’eau, remplir le verre, mouiller les doigts. Boire en frissonnant. Ecarter le rideau, fouiller la nuit pâle. Au-delà du portail, la forme sombre de la maison de Pierre, éclairée d’un peu de lune. Par-dessus le toit, de la fumée.

 

- Nos équipes seront là dans quelques minutes. A quelle distance se trouve votre maison du sinistre, madame ?

-         De l’autre côté du chemin.

-         D’autres habitations à proximité ?

-         Non. Nous sommes les seuls dans ce chemin, avant les pins.

-         Faites bien attention à vous, madame, n’essayez surtout pas d’entrer dans la maison. C’est dangereux.

Mais il y a Pierre dans la maison ! Enfiler manteau, baskets, sortir en laissant la porte ouverte, courir, traverser le chemin, pousser le portail.

Appeler. « Pierre ! Pierre ! » Tousser. Crier. « Pierre ! Pierre ! »

Soudain les sirènes dans le chemin, deux camions, non, trois, rouges, brillants, bruyants. Hommes casqués jaillissant des portières. Des cris, des ordres, des gestes précis. Bousculade organisée.

-         Ne restez pas là, madame, rentrez chez vous.

-         Pierre dort là.

Montrer la fenêtre, devant, à droite de la porte d’entrée.

-         Rentrez, madame. Ça va aller.

 

Extrait de "Météo marine"

 

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