15 mai 2014

Dernières lectures

tachTachycardie : Je découvre l'univers d'écriture de Frédéric Villar avec ces trois nouvelles. Une écriture souple, actuelle mais soignée. Un univers qui donne, surtout dans le premier texte,  la part belle au Sud, sa lumière, sa chaleur, son tempérament! Mais, derrière les décors de fête, derrière l'amabilité climatique, l'auteur ne perd pas de vue l'humanité de ses personnages, leur fragilité face aux béances d'une société qui, elle, perd un peu plus chaque jour son humanité.

 Adele-et-Lee

Adèle et Lee : Une nouvelle qui reprend un thème classique de la littérature : la jeune élève qui tombe amoureuse de son professeur. Oui mais, il y a chez Mélikah Abdelmoumen un ton, une façon de raconter cette aventure, qui m'a tenue de bout en bout.

Extrait : " Lee parlait le français avec cet accent irrésistible qu’ont les Américains qui sont de vrais francophiles : léger, presque imperceptible, aguichant comme un secret. Il avait les cheveux noirs et portait la moustache sans la moindre touche de ridicule. Un croisement entre Freddie Mercury et Don Draper, de la série Mad Men."

 

Lamour-sans-le-faire

L'amour sans le faire : Joncourt, on me dit toujours que c'est bien mais je n'avais jamais rien lu de lui. Erreur réparée! Il me semble qu'il y a un proverbe qui dit : "quand tu ne sais plus où tu vas regarde d'où tu viens". Et c'est tout à fait ce que raconte ce roman tendre et solaire à la fois. Franck rend visite à ses parents par surprise, dans la ferme familiale. Les parents se barrent en lui laissant Louise, leur belle-fille et Alexandre, son fils. Ces trois-là vont s'apprivoiser, se toucher, se parler. Rien de mièvre, juste une douceur et une justesse qui m'ont beaucoup touchée.

Ici l'avis de la "facétieuse Lucie"

 

3h

Trois heures avant l'aube : le dernier né de Gilles Vincent. Un très bon polar, une intrigue originale, plantée dans notre actualité quotidienne. La commissaire Aicha Sadia mène la danse, suivie par des personnages de flics attachants (un petit regret : j'aurais aimé voir Sébastien Tourraine un peu plus présent)

La 1ère phrase : "Il y aura les mots et les mutilés. Les blessures, le cartilage, le chaos."

110_photo_prod

Beso de la muerte : Gilles Vincent toujours. J'ai beaucoup aimé ce polar à l'intrigue franchement teintée d'histoire. Le roman évolue en aller-retour entre l'Espagne de 1936 et Marseille aujourd'hui. Il est question de secrets d'état et de secrets tout courts, il est question d'amour et de passion et le souvenir du poète Garcia Lorca va mettre en lumière une tragédie bien réelle.

La 1ère phrase : "La poussière soulevée par les pneus de la camionnette formait un large sillon beige, une cicatrice floue au travers la nuit bleutée de Grenade"

 

 

Posté par fabeli à 07:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


24 janvier 2014

Au fil des pages...

Depuis 2 mois, entre le boulot, les fêtes et l'écriture, j'ai peu de temps pour lire, alors je fais la part belle au format court.

 

Honneur à la Reine, Alice Munro, que je retrouve toujours avec un plaisir égal : des histoires de femmes, jeunes et moins jeunes, saisies dans leur vie de tous les jours, avec mari, enfants, famille, amis et dont la vie, au détour d'une action qui peut sembler banale, va basculer. D'une écriture simple mais dense, qui semble se perdre dans les détails du quotidien, l'auteure mène toujours son lecteur là où elle le voulait!

J'avoue que l'émotion déclenchée par ces nouvelles m'a conduite à ne pas les lire les une derrières les autres mais plutôt en pointillé,  afin de les digérer l'une après l'autre. Et (c'est là que l'on reconnait un grand écrivain, non?) certaines résonnent encore dans un coin de ma tête.

 CONFIDENCES ET SOLITUDES DE PLUS EN PLUS COURTES

"Confidences et solitudes..." (Thierry Radière, Jacques Flament Editions, 2013)

Thierry est un collègue d'écriture, nous fréquentons les mêmes éditeurs! J'avais aimé écouter son "murmure des nuages", j'ai aimé découvrir ses nouvelles teintées d'une douce mélancolie qui sombre parfois dans la folie!

 "On ne peut pas continuer comme ça" (Anne Marie Garat, In8, 2006)

Je me suis laissée embarquer dans cette nouvelle qui oscille entre rêve et réalité. Après une énième dispute conjugale, le narrateur prend la route malgré la fatigue d'une nuit blanche. Soudain, un panneau attire son attention... D'une écriture soignée, l'auteure conduit son histoire aux frontières du réel.

"Interdit aux moins de 12 ans" (Alexandra Bitouzet, illustrations Lili Cameau,Gros textes, 2013)

Ames sensibles, s'abstenir! J'ai découvert l'univers d'écriture Alexandra dans ses deux premiers recueils de nouvelles, publiés chez Emoticourt. Voilà une auteure qui se fait un devoir de ne pas laisser de répit au lecteur! Pour Alex, la vie n'est certainement pas un long fleuve tranquille, et elle le dit... cash! Il vaut mieux voir les choses en face : si vous cherchez une lecture apaisante, reposante,  passez votre chemin!Le cocktail des mots d'Alex et des dessins de Lili est vraiment explosif!

Description de l'image

"Dernier round" (Jean-Pierre Campagne, Tempo éditions, 2013)

Voilà un petit livre bouleversant! Il s'agit du récit des derniers moments d'un fils (l'auteur) et de son père. Que reste-t-il à faire quand soudain le brouillard de la maladie estompe la mémoire familiale? Ecrire!

Une écriture légère et musicale pour ce court roman qui m'a touchée, même si parfois, j'ai eu le sentiment qu'il manquait un peu de vie (de chair, de sang!) à cette histoire. Ici, l'avis de lecture d'Asphodèle.

 

Posté par fabeli à 07:45 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

25 septembre 2013

Certaines n'avaient jamais vu la mer

 

certaines

4 de couv' : L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi. 
C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leur futur mari. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. 
À la façon d’un chœur antique, leurs voix s’élèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées… leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l’oubli.

La 1ère phrase : "Sur le bateau nous étions presque toutes vierges."

J'ai eu un vrai coup de coeur pour ce très beau roman qui évoque l'histoire de la colonie japonaise aux USA entre 1920 et 1945. Le parcours de ces femmes qui partaient en bateau rejoindre un mari choisi sur photo est retraçé de façon émouvante par l'auteure. Le départ, la traversée, les bagages emplis de linges (kimonos, peignes à cheveux, eventails délicats) et de rêves (une autre vie avec un mari forcément beau et riche) puis l'arrivée, la confrontation à une réalité terrible et humiliante. La force du livre tient dans l'utilisation par l'auteure d'un "nous" collectif qui saisit d'emblée le lecteur en le plaçant dans le choeur des femmes. Il n'est pas question ici d'une femme en particulier mais de toutes à la fois et ce portrait multiple dessine au final la silhouette émouvante de ces femmes courageuses. En faisant le pari de revenir sur un fait historique peu connu, Julie Otsuka a écrit un roman d'une grande force poétique.

Ici une interview dans laquelle Julie Otsuka explique sa démarche d'écriture.

Ici une chronique piochée sur le site de Lionel Clément, lecteur-blogueur.

Posté par fabeli à 08:01 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

10 septembre 2013

Ce que j'ai lu cet été

abdd liseuseAu Bonheur des dames : cette lecture a filé tout le long de mon été, comme un fil rouge. Je l'avais sous la main dans ma liseuse qui m'a suivie partout. Je pouvais arrêter, lire un autre livre plus court, ou bien les 2 en même temps (chose très rare chez moi!) J'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture, j'ai même retrouvé le goût du plaisir que j'avais ressenti en le lisant la première fois, dans les années 80. J'ai frissonné pour Denise, j'ai attendu comme une gamine le dénouemement pourtant si prévisible! Et je me disais, en lisant ces aventures d'une autre époque, que les scénaristes des séries américaines n'avaient rien inventé!!!

 

lpcasgLa petite cloche au son grêle : Nous avons l'habitude, Nounours chéri et moi-même, d'entrer dans les librairies que nous croisons au gré de nos balades. Là, c'était un dimanche, à Condom, nous sortions de la visite de la cathédrale, le soleil nous faisait plisser les yeux. Nous cherchions une terrasse ombragée pour boire un verre. Juste en face du bar, il y avait une librairie et oh! surprise, elle était ouverte un dimanche. Nous sommes entrés, à la caisse se tenait une toute jeune fille et dans l'allée une dame d'un âge certain occupée à trier des revues : la grand-mère et sa petite fille ainsi que nous l'avons compris au bout de quelques minutes. Je me disais "mince, on est dimanche, y'a pas un chat dans les rues et elles sont là, toutes les deux!" Je ne pouvais pas ressortir les mains vides, alors mes yeux sont tombés sur "la petite cloche", dont je venais de lire plusisuers avis élogieux sur FB. Je l'ai lu quasiment d'une traite, le soir même, bien calée sur une chaise longue dans le jardin de la chambre d'hôte qui nous accueillait à quelques kilomêtres de là. C'est un bijou, ce livre, une douce parenthèse d'émotion et de tendresse. Clara en parle très bien ici.

 

rosa_candidaRosa candida : j'avais très envie de lire ce roman dès sa sortie et finalement c'est une amie de plume qui me l'a offert pour mon anniversaire (Merci Nicole!) Une belle lecture! J'ai apprécié la quête de ce jeune garçon plein de doutes et d'une naïveté rassurante, qui franchit le pas vers le monde des adultes en quittant le jardin familial pour aller créer le sien à des milliers de kilomêtres. Comment devenir père quand on n'a pas choisi de l'être, comment accepter la mort accidentelle de sa mère quand on avait encore tant de chose à lui dire, comment comprendre les femmes d'aujourd'hui quand on préfère la compagnie des roses anciennes? Les réponses sont dans le jardin!

 

 

Sans-titre8Les Dames du chemin : Ayant travaillé depuis le début de l'année sur un projet d'écriture portant sur la Grande guerre, je suis tombée par hasard au gré de mes recherches sur le Net sur le recueil de nouvelles de Maryline Martin. Ce que j'en ai lu ici ou là m'a convaincu de le commander chez mon libraire et je ne le regrette pas. C'est vrai que j'ai lu ces nouvelles en gardant à l'esprit le résultat de mes propres recherches et la façon dont nous avons travaillé mes camarades et moi sur ce projet collectif (dont je parlerai bientôt). J'ai trouvé dans ces 11 nouvelles une sensibilité et une approche qui m'ont vraiment touchée. Maryline a décidé de regarder cette terrible tragédie à travers le regard des femmes :Fiancées, épouses, filles, marraines de guerre, infirmières, espionnes.. Toutes donnent à voir leur guerre, leurs drames. Ici, l'avis de lecture d'Emma Cart-Tanneur.

 

 

Posté par fabeli à 07:33 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

12 mai 2013

Ciseaux

 Ciseaux-de-Stephane-Michaka_reference

"Ciseaux" Stéphane Michaka (Fayart 2012)

 4 de couv' : « Jour après jour, j’entends dire qu’on ne vit pas dans un monde de certitudes. Qu’il n’y a de certain que l’amour, tant qu’il dure, la famille, tant qu’elle se maintient, les amis quand ils sont de passage. Autant dire, tout cela n’est pas plus sûr que le reste. Alors quoi ? Est-ce qu’on doit se passer de certitudes ? Est-ce qu’on peut tenir longtemps, sans un ou deux cailloux dans le creux de la main ? Je crois que dans mes nouvelles je n’ai jamais parlé d’autre chose.
Je m’appelle Raymond. Je suis écrivain.
Enfin, j’espère le devenir. »

Je cherchais une biographie de Raymond Carver et un ami m'a recommandé la lecture de Ciseaux... qui n'est pas une biographie! Enfin, si, c'est une "biographie subjective", c'est la biographie de R. Carver telle que l'imagine Stéphane Michaka.
Ainsi qu'il l'explique dans l'interview suivante*, Michaka s'est vraiment intéressé à Carver quand il a eu connaissance de l'intervention plutôt "musclée" de l'éditeur Gordon Lish dans l'œuvre de Carver. "Ciseaux" est né de ce désir de mettre en lumière le processus de création littéraire qui passe obligatoirement par le travail de réécriture.

Après s'être soigneusement documenté grâce aux nombreux témoignages des proches de R. Carver, Stéphane Michaka a retissé la vie du nouvelliste américain en entrelaçant vérité et fiction, avec une empathie qui m'a particulièrement touchée. Au fil de chapitres courts, l'écrivain d'aujourd'hui donne la parole à l'écrivain d'hier ainsi qu'à son éditeur et ses deux compagnes. Une écriture sobre met en valeur la vie quotidienne du nouvelliste américain, ses doutes, sa quête de perfection, son combat contre l'alcool et ses difficultés conjugales et littéraires.

Carver, je l'ai découvert il y quelques années, suite à une recommandation de lecture dont j'ai oublié l'auteur (qu'il ou elle veuille bien m'en excuser!) mais que je continue à remercier! J'ai tout de suite été fascinée par son univers et cette façon si particulière de tracer en quelques pages des portraits de personnages fragiles, bousculés par la vie. Lorsque j'ai appris ce qui s'était passé entre Carver et son éditeur, comme Stéphane Michaka, je me suis passionnée pour cette affaire de "coupures". J'ai relu les nouvelles de Carver dans leur version intégrale, j'ai comparé avec la première édition. Je me suis moi aussi interrogée sur la nécessité de ce travail de "nettoyage", indispensable et douloureux à la fois. Et à chaque fois que j'en suis à cette étape dans mon propre travail, je ne peux m'empêcher, cliquant impitoyablement sur la touche Edit-cut, d'avoir une pensée émue pour Raymond Carver!

 

 

*Ici une interview de Stéphane Michaka 

Ici une note de lecture des Facétie de Lucie

 

 

Posté par fabeli à 08:49 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


04 mai 2013

Que nos vies aient l'air d'un film parfait

 C
Que nos vies aient l'air d'un film parfait

Caroles Fives  (Editions Le passage août 2012)

 

4 de couv' : Certains pensent que le divorce, ça ne sépare que les adultes. Années 80. Déferlante rose sur la France. Première grosse vague de divorces aussi. À la télé, Gainsbourg, Benny Hill et le Top 50. Un frère et une sœur sont éloignés. Vacances, calendriers, zone A, zone B. La séparation est vécue différemment par chacun. Chacun son film, sa version, le père, la mère, la sœur. Chacun sa chanson. Un seul se tait, le cadet. Lui, ne parle pas, il attend. Huit ans, neuf ans, dix ans…

Dans les familles, les drames se jouent mais ne se disent pas. Huit ans, vingt ans trente ans… Que nos vies aient l’air d’un film parfait est un livre sur l’amour fraternel, celui qui seul permet de traverser ces années sauvages, ces plages d’enfance.

 

J'ai rencontré Carole Fives lors de sa venue à "Pau Fête le livre" en novembre 2012.  Ce que j'avais lu dans la presse à la sortie de son nouveau roman m’avait donné envie de le lire. J'ai donc assisté à la présentation du livre à la librairie Tonnet et j'ai acheté un exemplaire avec une très gentille dédicace de l'auteure. Ensuite quelques mois ont passé, boulot, écriture, famille, peu de place pour la lecture et puis... un soir, au retour d'une soirée, pas envie de dormir, je saisis l'ouvrage sur une étagère, entame les premières pages et…Carole Fives me doit deux heures de sommeil!!!

J'ai beaucoup aimé ce récit à quatre voix d'un tsunami familial. Divorcer, dans les années 80, ce n'est pas banal. Même si une loi existe il faut inventer de nouvelles règles de vie. Il faut surtout s'adapter à ce bouleversement intime et concevoir une nouvelle configuration de la famille. Pour les personnages de ce roman, ça ne va pas sans mal. Soit un père, une mère et deux enfants, une fille et un garçon. La famille idéale, bien sous tous rapports. Rien à dire, rien à voir. Une belle petite famille. Qui pourtant ne va pas échapper à la catastrophe.

C'est la fille qui prend la parole en premier pour évoquer ce drame. Elle parle pour elle et pour son petit frère, trop jeune pour saisir d'emblée la gravité des faits et qui pourtant restera marqué à vie. Viennent ensuite la parole du père et de la mère. Chacun raconte son vécu, son point de vue. Quatre voix éparpillées par l'éclatement de la cellule familiale. Quatre voix pour un même évènement, quatre point de vue qui redonne à ce divorce une densité, une épaisseur charnelle que la douleur et le silence avait masquée.

D'une écriture précise mais néanmoins sensible, Carole Fives donne la parole à ses personnages sans pathos ni mièvrerie. Elle ne juge pas, elle raconte une histoire familiale qui marque la fin de l'insouciance pour les enfants, ballotés d'un parent à l'autre, pris en otage par les sentiments. Au fil des chapitres courts,  l'auteure rassemble les pièces du puzzle familial, donnant à voir un ensemble à jamais dispersé.

Ce n'est pas un roman triste, ce n'est pas un roman gai. C'est un roman qui parle de nos vies.  Nos vies que l'on voudraient parfaites.

 

Posté par fabeli à 08:28 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

03 avril 2013

Les Riches heures

 

 

 

R H

Les riches heures (Claire Gallen)

Editions La brune au rouergue Janvier 2013

 

La 4 de couv' : Du temps de leur splendeur, ils formaient un couple formidable. Appartement dans les beaux quartiers, grosse voiture, nuits en boîte. De l'argent par brassées, à le croire inventé pour eux. Lui gagnait en un mois plus que son père en un an. Et ça lui semblait juste.
C'était les riches heures de l'immobilier, et ils en ont bien profité. Mais cet été-là, le faste n'est plus qu'un souvenir. L'imposture a fait long feu. Il n'y a plus que le scandale à la Une des journaux, trop heureux de tenir un symbole des dérives de l'époque.
Alors, en attendant, ils claquent leurs derniers euros au hasard de vacances étouffantes sur la Côte d'Azur. Et dans les odeurs de crème solaire, le couple formidable joue à quitte ou double, dans un crescendo implacable.

L'auteure a été lauréate du concours des Noires de Pau en 2012. Elle est venue tout exprès de Belgique pour recevoir son prix. J'ai donc fait sa connaissance un samedi d'octobre. Une fille simple, au regard doux derrière ses lunettes, à la voix posée. Elle semblait heureuse d'être là, parmi ses "camarades de promotion".
Si je veux être honnête, informée de la parution de ce premier roman, je n'envisageais pas forcément de l'acheter (difficile d’acheter toute la production de mes « amis » écrivains !) jusqu'à ce qu'il se pose dans mes mains au hasard d'une visite en librairie. Debout devant la table j'ai lu les 2 premières pages... et je suis passée à la caisse!

La première phrase : "La veille de notre départ en vacances la voisine du deuxième étage est venue me trouver pour que je l'aide à noyer ses chats."

Gaétan et Anna partent en vacances dans le sud de la France. C'est une idée d'Anna. Malgré leur situation financière déplorable elle tient à ces vacances, dernier signe de normalité. A cause du licenciement de Gaétan, ils ont dégringolé l'échelle sociale : plus d'appartement dans les beaux quartiers, plus de voiture neuve, plus de sorties nocturnes et alcoolisées, plus d'amis branchés... plus rien. L'aumône à demander aux parents d'Anna, la vieille bagnole déglinguée, le pôle emploi, les coups de fils hargneux du banquier. Mais Anna tient tout de même à partir en vacances. Elle ne se doute pas que ce séjour au Lavandou va leur coûter cher!

Claire Gallen attrape son lecteur dès le départ avec une écriture simple, presque sèche, ancrée dans le détail, le factuel. Gaétan et Anna évoluent sous nos yeux et tout de suite les fêlures apparaissent. Par petite touches l'auteure plante le décor de cette histoire d'amour qui part en lambeaux. Gaétan a été riche. Il ne l'est plus. Il a perdu ses repères. L'argent lui est venu presque par hasard, grâce au développement fulgurant de la bulle immobilière dans les années 2000. L'arnaque était juteuse, les pigeons consentants, pourquoi chercher plus loin? Mais la folie d'Icare ne sert jamais de leçon et après avoir voler trop haut Gaétan est tombé. Sous le poids du scandale, se relever est difficile. Il faut dire que Gaétan ne fait pas beaucoup d'effort. Il accepte d'être un looser, persuadé que sa réussite était basée sur un malentendu. Ces vacances au Lavandou, Gaétan n'y tient pas mais ce qu'Anna veut...

Cette descente dans le Sud de la France se transforme pour le couple en descente aux enfers. Dans les yeux d'Anna, Gaétan se voit couler à pic. Faut-il qu'il aille jusqu'au fond pour enfin donner un coup de talon et remonter?

J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Le style de Claire Gallen m'a été tout de suite familier. L'écriture est maitrisée selon une construction moderne, sans "chichis": chapitres courts, phrases simples, discours indirect. La connaissance évidente du sujet abordé, la vente d'appartements à des acheteurs affamés de défiscalisation, contribue à ancrer l'histoire dans la réalité de notre époque sans effort. A bien y réfléchir, chacun de nous connaît un Gaétan flambeur et arrogant. Le lecteur identifie très rapidement les personnages et leur mentalité. L'auteure ne cherche pas à rendre Gaétan et Anna  forcément sympathiques. Elle tient seulement à raconter leur histoire au plus près, sans jugement. Elle nous donne à voir, à entendre, à sentir la faillite de ce couple. A chacun ensuite de juger s'il le souhaite.

 

 

 

 

Posté par fabeli à 08:25 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

21 mars 2013

La Grande Guerre

Depuis le début de l'année je travaille sur un projet de recueil collectif qui a pour thème la Grande Guerre. Mes souvenirs scolaires ne pouvaient suffire (!) j'ai donc dévalisé la Médiathèque en ouvrages de tous genres : Témoignages de "Poilus", Abécédaire, Catalogue d'expo, Recueil de cartes postales d'époque, récit de la vie à l'arrière... Bref, de quoi créer dans ma tête un joyeux bazar nécessaire à une mise en situation créative. Comme d'habitude, pendant le temps d'écriture je me suis interdite de lire de la fiction (sauf un ou deux recueils de nouvelles très éloignés du thème) Une fois le texte achevé, ne restaient que quelques fignolages à faire au plumeau. Un livre est alors tombé dans mes mains au hasard d'une discussion : "Cris", de Laurent Gaudé.

Un roman court mais dense, qui laisse peu d'espace au lecteur pour respirer! Dès les premiers mots je suis happée par le monologue intérieur de Jules, le permissionnaire, celui qui échappe enfin à l'horreur par la magie du papier bleu qu'on lui a remis. Quelques pages plus loin je retrouve ses frères d'armes, assurant la relève d'une compagnie. Chaque voix chuchote sa partition dans ce ballet de l'horreur : Marius, Boris, Ripoll, Barboni, ils sont une dizaine en tout à murmurer leurs doutes, leurs peurs, leurs souffrances à quelques minutes de l'assaut.

D'une écriture sèche, l'auteur nous donne à voir l'univers des tranchées, cet enfer creusé à vif dans la terre. Les phrases courtes, les répétitions parviennent à reproduire l'enfermement mental des hommes étouffés par la peur. On passe d'une scène à l'autre, d'une voix à l'autre sur un rythme rapide, comme ces films tournés caméra à l'épaule. La terreur et la folie se mêlent à la sueur, au sang, aux larmes de ces hommes poussés au bout de leur humanité.

La brièveté de ce roman lui donne une intensité qui marque l'esprit. Nul besoin de plusieurs centaines de pages à Laurent Gaudé pour restituer l'horreur de ce conflit meurtrier. On comprend mieux le silence des rescapés, incapables de donner voix à leur mémoire.

Après cette lecture, les cris de ces poilus résonneront longtemps dans ma mémoire.

cris 1

 

 

Posté par fabeli à 08:28 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

23 février 2013

Le murmure des nuages

mdN

"Le murmure des nuages" Thierry Radière

Paru chez Emoticourt janvier 2013

Présentation de l'éditeur : Dans ce récit délicat et touchant, Thierry Radière nous fait entendre Le murmure des nuages produit par les séances d'aérosol que sa petite Miri, sept ans, doit subir deux fois par jour pour soulager sa mucoviscidose.

 

Thierry et moi, je ne sais plus comment nous sommes devenus "amis" sur le Mur. Qui a demandé l'autre? Mais j'ai très vite pris beaucoup de plaisir à découvrir les extraits de textes publiés presque quotidiennement sur sa page FB. Chaque matin la perspective de découvrir son univers d'écriture, comme une gourmandise attendue quotidiennement. Et au fil des semaines, j'ai bien vu que nous étions de plus en plus nombreux à guetter cette gourmandise! L'écriture de Thierry est teintée d'une poésie réaliste et sensible, parfois mystérieuse, comme s'il avait accès à certains mondes que je ne connais pas mais qu'il me laisse entrevoir.

Dans le murmure des nuages, récit intime qui évoque le quotidien de sa fille, Miri, atteinte de cette terrible maladie qu'est la mucoviscidose, la voix de Thierry se fait entendre sur un registre pudique mais sincère. J'ai suivi le fil des pensées de ce papa attentif avec une grande émotion. Sans dissimuler l'aspect technique des soins indispensables à Miri, Thierry livre ses inquiétudes, ses doutes et ses espoirs. Mais jamais il ne tombe dans la facilité de la sensiblerie. C'est en gardant la tête dans un ciel poétique, qu'il est parvenu à me faire entrer dans son quotidien de papa-soignant. Auprès de lui, j'ai préparé l'appareil avec minutie, installé Miri avec tendresse, compté les secondes en surveillant la pendule de la cuisine. Assise là, dans la douce tiédeur du nuage de vapeur, j'ai écouté le monologue murmuré par ce papa-poète qui offre à sa fille le plus beau des voyages, au cœur de son amour.

 

 

Posté par fabeli à 21:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 février 2013

Je suis un écrivain

 

Je viens de terminer le livre de Laurent Herrou, "Je suis un écrivain". La présentation sur le site de l'éditeur n'a pas manquée de me faire sourire : "On recommanderait cette lecture non seulement à quiconque se mêle d’écrire, mais à tous ceux qui ont charge de ces résidences qui pullulent, quant au traitement que réserve la société civile à la chose artistique en général, et la littérature en particulier."

Parce que justement, je me mêle d'écrire! Alors je me suis dit : voyons ce qu'en dit ce garçon.

Je le connais peu, même si je sais que nous avons deux éditeurs en commun (finalement, ce n'est pas rien!). Du coup, je me suis sentie autorisée à solliciter son amitié sur le grand mur aux multiples visages. Puis j'ai lu "Les pièces" (paru chez Emoticourt) qui m'a permis de l'apercevoir au fil de cette troublante visite de son enfance.

"Je suis un écrivain", ça commence comme ça : "On parlait de nous, de l'avenir, on parlait de la culpabilité et de la peur, on parlait de lui et de moi."

Ce qui m'a plu dans le livre de Laurent, c'est cette franchise évidente : Ecrire c'est parler de soi. Que l'on se cache ou pas derrière la fiction (Laurent ne se cache pas, il s'affiche sincèrement!) on parle de soi.

Saisissant le prétexte de raconter son séjour en résidence dans un petit village du sud de la France, l'auteur parle de ses doutes, ses peurs, de son statut d'auteur.

"Je suis un écrivain" pour moi mais le suis-je aussi pour les autres?
Dans ce charmant petit village, l'arrivée d'un artiste déclenche... l'indifférence : "Très vite, j'a compris qu'ils s'en foutaient."
Pourquoi? Que voient les habitants du village dans ce garçon en short court et cheveux longs?
Un profiteur? Un mois hébergé gratuitement et payé à ne rien faire (écrire ce n'est pas vraiment faire quelque chose!).
Un monstre? "Les écrivains ça fait peur [...] Parce que les mots c'est comme des coups de carabine, sauf que tu ne meurs pas [...]"

Au fil de chapitres courts, construits sous la forme d'une discussion informelle, Laurent Herrou raconte son séjour dans La Maison qui accueille régulièrement des artistes en résidence. Le contrat prévoit que l'artiste n'a pas d'obligation de résultat "officiel" (pas de nombre de pages à écrire chaque jour!)  Mais qu'il doit néanmoins laissé une "trace" de son passage dans la maison, comme si, tout de même, le village voulait sa dîme.

Avec une sincérité qui m'a touchée dès le départ, l'auteur revient sur ces quatre semaines de doutes, de peur, de remise en question. Ses tentatives parfois maladroites parfois cabotines pour entrer en contact avec l'autre, pour se faire voir en tant qu'artiste.
Il évoque son rapport à l'écriture : "l'écriture n’ [est] pas juste ce moment où les doigts se posent sur le clavier. [...] Mais écrire c'est à chaque moment."
La difficulté de se défaire du quotidien, rassurant, pour accepter d'aller vers ce que l'on ne connait pas, la nuit, "la forêt".
De la distance que crée l'acte d'écrire entre l'écrivain et le monde. Ecrire c'est rester à la marge et regarder, écouter, poser des questions.

Je remercie Laurent pour ce beau moment de lecture.

 

jsue

Je suis un écrivain (Laurent Herrou)

Aux éditions Publie.net

 

Posté par fabeli à 07:49 - - Commentaires [4] - Permalien [#]