22 novembre 2015

Humain par amour

Il y a 10 jours, à Paris, la terreur a frappé aveuglément, jeunes, vieux, filles, garçons, croyants, athées. Tuer pour tuer.

Il y a 10 jours, j'étais au chaud et en pyjama quand l'horreur a débarqué en direct dans mon salon. Stupeur, incrédulité, douleur, colère, peur, tristesse, compassion.

Dans les jours qui ont suivis ce terrible vendredi 13, j'ai pris des nouvelles des Parisiens que je connais, familles, amis, j'ai suivi la progression de l'enquête, les arrestations, les manifestations de soutien mondiales (c'est incroyable de constater le rayonnement de la France à l'étranger, ça nous oblige à en être digne). J'ai allumé une bougie en pensant aux victimes, communion nationale, je suis allée donner mon sang, pour réalimenter les stocks pillés par la prise en charge de centaines de blessés.

Et puis les petites affaires intimes reprennent le dessus, le quotidien, ma petite santé à soigner, mon petit frigo à remplir, mes petites affaires, ma petite vie. Si petite cette vie et pourtant si précieuse. Précieuse pour les gens qui m'aiment, ces quelques personnes si proches de moi pour lesquelles ma présence sur terre semble utile, voir indispensable. Et je pense soudain à ces 129 vies volées, 129 petites vies si précieuses pour les gens qui les aimaient. 129 vies arrachées à l'amour de leurs proches dans un moment d'une grande violence par 8 autres petites vies. 8 personnes qui ont cessé soudain de ressentir de l'empathie, de la compassion, 8 personnes qui ont perdu en une seconde le souvenir de l'amour qu'il ont reçu. Et la perte de ce souvenir a signé la perte de leur humanité.

Parce que c'est l'amour qui fait de nous des humains. C'est l'amour qui pétrit notre cœur et lui donne la capacité d'aimer à son tour, c'est l'amour qui nourrit notre âme et la conduit à nourrir à son tour. Cet amour qui, de l'un à l'autre, gagne par capillarité le plus grand nombre d'entre nous. Un amour qui a la force de franchir les frontières, les opinions, les religions. L'amour, c'est la seule ressource à utiliser sans retenue, la seule ressource qui se renouvelle d'elle même parce qu'elle est consommée. A nous d'en faire une inépuisable ressource mondiale.

 

Amour M

 

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15 novembre 2015

"La main voit, l'oeil cherche"

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Je suis allée voir au Musée des beaux arts de Pau l'exposition sur l’œuvre de Georges Visat, peintre et graveur. Cet artiste plutôt discret a côtoyé les « vedettes » du monde artistique de son époque : Max Ernst, Giacometti, Matta, Miró, Magritte, Léger...

Il a consacré la première partie de sa vie à la gravure, devenant un spécialiste reconnu bien au-delà de nos frontières. Il a développé des techniques innovantes et un savoir-faire qui ont attirés de grands peintres intéressés par la reproduction et la diffusion de leurs œuvres. Visat a su faire preuve d'une grande sensibilité pour « épouser » le style de chaque artiste afin de transposer dans la gravure le geste et l'âme du créateur.

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Au début des années 60, avec l'aide de Max Ernst et de son épouse, Dorothéa Tanning, Geoges Visat crée sa propre maison d'édition consacrée aux livres d'arts. Il met en valeur les œuvres de poètes, écrivains et peintres célèbres. Plus d'une centaine d'ouvrages seront ainsi publiés en une vingtaine d'années.

A la fin des années 70, il renonce aux lumières parisiennes pour rejoindre en Béarn sa femme et ses enfants. Installé jusqu'à sa mort, en 2001, à Arzacq, il a pu enfin donner libre cours à son envie de peindre. Sur plus de deux décennies, il réalise une multitudes de toiles aux couleurs vaporeuses dans lesquelles il cherche à partager le cheminement de sa pensée intime. Il continue à exercer occasionnellement ses talents de graveur et transmet son art à sa fille Armelle.

In et ex Visat 1978
In et ex 1978

Et c'est elle justement, accompagnée par son mari, spécialiste de l'oeuvre de Visat, qui nous a servi de guide au milieu de la production paternelle. J'ai beaucoup apprécié cette touche intimiste en cheminant parmi les toiles et les photos qui donnent un premier aperçu du travail de cet artiste méconnu du grand public. J'ai senti, en regardant ses œuvres et en écoutant sa fille, que cet homme trapu au regard sombre devait cacher un homme sensible et tourmenté.

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Autoportrait 1977

L'exposition est visible au Musée des beaux arts jusqu'au mois de janvier 2016.

Les samedis 5/12, 19/12 et 9/01, à 15h, visites guidées avec Armelle et son mari.

Le jeudi 26/11 et le mercredi 30/12, à 12h30, la visite sera commentée par le personnel du musée.

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Le billard 1991

 

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11 novembre 2015

Le temps du deuil

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Il y a un peu plus de 18 mois, j'ai perdu mon papa. Il y a un peu moins d'une semaine, j'ai assisté aux obsèques d'un copain, au côté de son fils de 22 ans. Il y a deux jours, l'un de mes amis de plume m'a appris le décès de son papa. Pour ma part, je pense que je suis sortie de la période douloureuse du deuil. La disparition de mon père s'est imprégnée en moi, elle m'habite mais ne me fait plus souffrir douloureusement. Au début, dans les semaines qui ont suivies, j'ai fait face, j'ai cru faire face, en minimisant la douleur. J'avais mis au point un récit très précis qui évoquait sa maladie et ses derniers moments, je parlais d'un vieil homme qui avait eu une belle vie, qui n'avait pas souffert trop longtemps, ce que était une consolation pour moi et pour ma sœur, n'est-ce pas, je parlais de la vie qui continue, des enfants qui vous soutiennent, du travail qui vous occupe les mains et l'esprit.

J'ai tenu comme ça 4 mois. 4 mois à jongler entre le boulot, les petits soucis familiaux et la vente de la maison de mon père. J'ai tenu, puis sournoisement, ma carapace s'est fissurée, le chagrin si soigneusement contenu a commencé à remonter à la surface, comme une source que l'on aurait contrainte à rester sous terre et qui, plus loin, poindrait dans l'herbe grasse d'un pré ensoleillé. Les larmes m'ont prises, comme ça, à l'improviste, au volant de la voiture, dans la cuisine, au creux de la nuit. Mon ventre s'est mis à gémir, à se tordre, à se vider au rythme où je vidais la maison familiale.

J'ai fini par comprendre d'où venait mon erreur. Je me suis assise et je me suis écoutée parce que j'étais la seule à pouvoir le faire. J'ai écouté la petite fille pleurer son papa ( et sa maman aussi, disparue depuis 22 ans, car la vente de la maison clôturait en quelque sorte ce deuil-là, aussi) J'ai pris le temps de l'écouter parce qu'on a beau avoir 51 ans, la perte d'un parent est difficile pour les "grands" enfants que nous sommes, sommés par la société de ne pas montrer trop de chagrin face au départ d'un "vieillard". J'ai ressenti au fond de moi que le deuil n'est pas à "enterrer" trop vite, il est au contraire à vivre, à vivre au quotidien et pendant le temps nécessaire à chacun, n'en déplaise à l'entourage familial ou professionnel qui cherche souvent à "s'éviter" notre douleur en proposant avec force de nous changer les idées "pour ne plus penser à ça".

Vivre le deuil, ce n'est pas s'habiller de tristesse chaque matin, ni tenir un mouchoir au creux de la main à longueur de journée. Vivre le deuil, c'est garder un coin de son cœur et de sa tête pour celui qui n'est plus, c'est accueillir les émotions qui viennent sans les chasser d'une main trop active, c'est écouter le corps qui dit la peine et réclame du repos. Vivre le deuil, c'est une traversée intime qui se partage difficilement mais dont on peut sortir plus fort.

Alors je voudrais vous dire, Philippe et Adrian, ce chagrin qui est en vous, acceptez de le garder le temps qu'il faudra, sans honte, avec même une pointe d'égoïsme s'il le faut. Ne laissez pas aux autres le droit de vous consoler trop fort, trop vite. Ce temps de deuil ne peut être clos par personne d'autre que vous. C'est le temps qu'il vous faudra pour accepter la perte irréparable d'un parent, accepter que ce "rempart" n'est plus là pour vous protéger (bien ou mal?), accepter que celui qui est parti est parti seul et que vous n'avez pas besoin de partir avec lui, accepter aussi qu'il emporte avec lui une part de vous, de votre histoire, qui vous restera inconnue à jamais.

Un matin, vous sentirez que le moment est venu, vous pourrez lâcher cette main que vous serriez si fort (parfois bien inconsciemment), vous lâcherez cette main car, enfin, la joie sera plus vive que le chagrin.

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