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Les riches heures (Claire Gallen)

Editions La brune au rouergue Janvier 2013

 

La 4 de couv' : Du temps de leur splendeur, ils formaient un couple formidable. Appartement dans les beaux quartiers, grosse voiture, nuits en boîte. De l'argent par brassées, à le croire inventé pour eux. Lui gagnait en un mois plus que son père en un an. Et ça lui semblait juste.
C'était les riches heures de l'immobilier, et ils en ont bien profité. Mais cet été-là, le faste n'est plus qu'un souvenir. L'imposture a fait long feu. Il n'y a plus que le scandale à la Une des journaux, trop heureux de tenir un symbole des dérives de l'époque.
Alors, en attendant, ils claquent leurs derniers euros au hasard de vacances étouffantes sur la Côte d'Azur. Et dans les odeurs de crème solaire, le couple formidable joue à quitte ou double, dans un crescendo implacable.

L'auteure a été lauréate du concours des Noires de Pau en 2012. Elle est venue tout exprès de Belgique pour recevoir son prix. J'ai donc fait sa connaissance un samedi d'octobre. Une fille simple, au regard doux derrière ses lunettes, à la voix posée. Elle semblait heureuse d'être là, parmi ses "camarades de promotion".
Si je veux être honnête, informée de la parution de ce premier roman, je n'envisageais pas forcément de l'acheter (difficile d’acheter toute la production de mes « amis » écrivains !) jusqu'à ce qu'il se pose dans mes mains au hasard d'une visite en librairie. Debout devant la table j'ai lu les 2 premières pages... et je suis passée à la caisse!

La première phrase : "La veille de notre départ en vacances la voisine du deuxième étage est venue me trouver pour que je l'aide à noyer ses chats."

Gaétan et Anna partent en vacances dans le sud de la France. C'est une idée d'Anna. Malgré leur situation financière déplorable elle tient à ces vacances, dernier signe de normalité. A cause du licenciement de Gaétan, ils ont dégringolé l'échelle sociale : plus d'appartement dans les beaux quartiers, plus de voiture neuve, plus de sorties nocturnes et alcoolisées, plus d'amis branchés... plus rien. L'aumône à demander aux parents d'Anna, la vieille bagnole déglinguée, le pôle emploi, les coups de fils hargneux du banquier. Mais Anna tient tout de même à partir en vacances. Elle ne se doute pas que ce séjour au Lavandou va leur coûter cher!

Claire Gallen attrape son lecteur dès le départ avec une écriture simple, presque sèche, ancrée dans le détail, le factuel. Gaétan et Anna évoluent sous nos yeux et tout de suite les fêlures apparaissent. Par petite touches l'auteure plante le décor de cette histoire d'amour qui part en lambeaux. Gaétan a été riche. Il ne l'est plus. Il a perdu ses repères. L'argent lui est venu presque par hasard, grâce au développement fulgurant de la bulle immobilière dans les années 2000. L'arnaque était juteuse, les pigeons consentants, pourquoi chercher plus loin? Mais la folie d'Icare ne sert jamais de leçon et après avoir voler trop haut Gaétan est tombé. Sous le poids du scandale, se relever est difficile. Il faut dire que Gaétan ne fait pas beaucoup d'effort. Il accepte d'être un looser, persuadé que sa réussite était basée sur un malentendu. Ces vacances au Lavandou, Gaétan n'y tient pas mais ce qu'Anna veut...

Cette descente dans le Sud de la France se transforme pour le couple en descente aux enfers. Dans les yeux d'Anna, Gaétan se voit couler à pic. Faut-il qu'il aille jusqu'au fond pour enfin donner un coup de talon et remonter?

J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Le style de Claire Gallen m'a été tout de suite familier. L'écriture est maitrisée selon une construction moderne, sans "chichis": chapitres courts, phrases simples, discours indirect. La connaissance évidente du sujet abordé, la vente d'appartements à des acheteurs affamés de défiscalisation, contribue à ancrer l'histoire dans la réalité de notre époque sans effort. A bien y réfléchir, chacun de nous connaît un Gaétan flambeur et arrogant. Le lecteur identifie très rapidement les personnages et leur mentalité. L'auteure ne cherche pas à rendre Gaétan et Anna  forcément sympathiques. Elle tient seulement à raconter leur histoire au plus près, sans jugement. Elle nous donne à voir, à entendre, à sentir la faillite de ce couple. A chacun ensuite de juger s'il le souhaite.