Fabelire

L'atelier des mots de Fabeli.

29 novembre 2009

Court, noir, sans sucre

Court__noir__sans_sucre
Recueil de nouvelles. Emmanuelle Urien
L'être minuscule, 2005.

C'est le premier recueil de l'auteure qui avait, jusque là, participé à des concours de nouvelles ou publié en revue.
J'ai beaucoup aimé l'écriture simple et sans fioriture. La priorité est donnée à la peinture sensible de l'ordinaire qui nous entoure.
Les personnages qui apparaissent sous la plume de l'auteure n'ont pas jailli de nulle part. Ils sont extraits de notre réalité. Une réalité plutôt noire, serrée au plus près de l'ordinaire avec une grande humanité. Ces gens là ne sont pas des héros, ils font juste ce qu'ils peuvent.

Parmi ces 13 nouvelles, voilà celles que j'ai un peu plus préférées :

  • Assistance technique
  • La place du mort
  • Le chemin à l'envers

Le début..."Le corps que l'on distingue penché dans la pénombre au-dessus du lit, est celui d'une femme mince, de stature moyenne, sans autre signe particulier que la légère voussure de ses épaules : Mélanie Bix fait ses bagages"

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25 novembre 2009

Dans l'eau du miroir...

miroir_billalSamedi dernier, je me suis baladée ICI, et ce que j'ai lu m'a emballé!

La consigne tenait en un mot, MIROIR.

Les défiants du Samedi se sont appliqués à visiter l'envers du miroir, chacun son style, chacun son décor, allez donc faire un tour, il y en a pour tous les goûts.

Pour ma part, je ne trouve plus le temps de participer aux défis du samedi, mais voilà, le miroir m'a donné à réfléchir...


Dans l'eau du miroir


Apercevoir la peau qui se met à pendre, chaque jour un peu plus, les cheveux, plus fins, moins nombreux. Accepter. Ou pas. Se battre, tricher, retoucher l'image, se donner l'illusion d'un pas en arrière?
Passer sur le côté pour éviter l'eau sale du miroir, passer en baissant les yeux, vaincu qui veut ignorer sa défaite.
Baisser la garde et recevoir de plein fouet la nouvelle : vieille !
Regarder en face cette vérité mortelle.
La fixer, ne pas perdre pied devant la glace, tenir sa place.
Apprivoiser les nouveaux contours, s'imprégner, s'habituer.
Se reconnaître.

 

 

©Fabeli  2009

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21 novembre 2009

Choses désolantes

normal_feuilles_mortes

 Un papier qui s'envole par la vitre d'une voiture

Un chat sur le bord de la route, raide, regard de faïence

Un mot qui ne vient pas


Un livre mal écrit

La peine d'un autre, même si on le connaît peu

Un visage oublié


Des lèvres rongées par l'amertume

La brûlure des mots d'amour interdits

Une chambre vide et qui le restera


Une lettre perdue

Une idée perdue

Un sourire perdu

Une main perdue


Trop de feuilles mortes

© Fabeli juin 2009

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17 novembre 2009

Bonne sœur

magnetophone

Mes biens chers frères, si vous entendez ces mots, alors je ne suis plus de ce monde. Pourtant, dans cette grande maison aux murs épais, calfeutrés par le silence, ma voix s'élève sans contrainte. Je vous imagine, assemblés devant le magnétophone que vous a remis un coursier, selon mes instructions.

Toi, Charles, assis sur une chaise, devant la table où tu as disposé l'appareil, les mains jointes sur les genoux, le dos raidi par la surprise.

Toi, Gilbert, tu as pris tout de suite le fauteuil près de la cheminée, le plus confortable. Tu viens encore une fois de passer la main dans tes cheveux d'un gris sale et tu hésites à te lever pour aller te servir un verre de bourbon.

Roger, tu as choisi de rester debout, juste devant la porte, prêt à partir, à rompre le combat, comme d'habitude. Tu parais bien calme, ton visage ne trahit rien des pensées qui t'agitent, mais dans ton dos, tes doigts s'emmêlent douloureusement. Charles, tu as pensé tout de suite à tirer les rideaux, on ne sait jamais, les voisins n'ont pas besoin de savoir. Tu te trompes, Charles, il est temps que les voisins sachent, qu'ils affrontent cette vérité trop longtemps ignorée.

 

Je suis sûre que, cet après midi, autour de ma tombe, les murmures de condoléances bruissaient dans l’air printanier. On plaignait ces pauvres messieurs d’avoir perdu une sœur si dévouée. Et sur vos visages de bourgeois respectables, on distinguait les traces d’un chagrin sobrement contenu. Comme je les entends, ces commentaires attristés, comme je les vois, vos mines désolées. Désolés de vous retrouver seuls. Seuls du matin au soir et du soir au matin. Qui pourra tenir désormais le rôle que vous m’aviez assigné ?

 

Souvenez-vous, il y a tout juste 20 ans, j’étais jeune, jolie, la vie me souriait et les garçons aussi. Malgré votre surveillance de frères si attentifs depuis la mort de nos parents, j'ai fait la connaissance de ce bel officier. Il parlait bien, je l’écoutais et nous marchions dans les allées du parc, nouant nos mains et nos cœurs.

Puis la guerre est venue, il est parti et je suis restée, seule, avec ce ventre encombrant de honte. Cette honte que vous avez soigneusement entretenue pour mieux me retenir près de vous, m’attacher, me clouer. De fille à marier, je suis devenue sœur à tout faire. Tout, même l’impossible, même l’innommable. Dans mon ventre torturé l’enfant n’a pas vécu. Mes larmes se sont taries et mon âme s’est endormie.

 Jusqu’au retour, il y a 6 mois, de mon bel officier que je croyais tué. Je l’ai croisé, près de l’église. Ses yeux m’ont traversée, sans se poser. A son bras une femme, belle, vivante, qui riait aux éclats. Alors j’ai su que jamais plus mon âme ne s’éveillerait.

 Charles, je suis certaine que tu as compris, dès les premiers mots, la gravité de la situation. Tu viens de faire mentalement le compte de l'argent disponible dans la maison pour un départ urgent. Gilbert tu te sers un second verre après avoir bu le premier d'un trait, manquant de t'étouffer. Tes joues empourprées trahissent ta colère, bientôt tu vas hurler. Quant à toi, Roger, tu as déjà pris la fuite, à ta façon. Tu arpentes le hall en tous sens, affolé, tu grognes, tu insultes, tu supplies.

 

Au regard des blessures infligées par votre ignominie, le poison fut doux à mon palais. Je pars sereine, confiante dans la justice des hommes puisque le ciel est resté sourd à mes cris. L'enregistrement que vous écoutez ce soir, d'autres l'entendent aussi. Ma voix résonne en ce moment dans les oreilles du juge, du maire, et de quelques journalistes. Ils ont également sous les yeux une lettre qui détaille ces vingt années de souffrances passées à satisfaire tous vos désirs, de jour comme de nuit. Ces précisions permettront de mieux cerner vos personnalités. De quoi passionner les psychiatres pour les années à venir.

 

Charles, tu peux toujours tenter de t'enfuir mais je crois que tu ne pourras aller bien loin.
Gilbert, bois, bois encore, c'est tout ce qui te reste avant de croupir en prison.
Quant à toi, Roger, toi qui paraissais le plus doux, qui bredouillais parfois quelques mots d'excuse en quittant mon lit, je ne te hais pas moins de ne pas m'avoir aidé.

 Le temps est venu de faire face à votre vérité. Peut-être entendez-vous déjà, les voitures qui stoppent dans l'allée, les portières qui claquent. On va frapper. On frappe.

Adieu mes biens chers frères,


Votre soeur dévouée


© Fabienne Rivayran


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14 novembre 2009

Femme vivante

 femme_sur_une_branche

 

(Merci à Sylvie de m'avoir permis d'emprunter ce tableau ici )

 

 Femme- puzzle, disséminée, éparpillée pièce par pièce

Femme- miroir, image formée et déformée,

Jamais la même, une fois l'une, une fois l'autre.

 

 Femme- bougie, flamme fragile et pourtant vive

Femme- ficelle, défaite, désenroulée,

Elle perd son propre fil, elle s'emmêle de l'intérieur.

 

 Femme- boussole, fixée au pôle de sa vie,

Femme- cercle qui s'enroule de cycle en cycle,

Boule de chair, de muscles et de nerfs mouillés de sang.


Femme- livre, signée à l'encre vitale de ses maux.

Femme- lien, tissée d'amour et de peine,

Nouée, attachée, retenue.

 

Femme assemblé, articulée.

Femme réunie

Femme vivante.


© Fabienne Rivayran 2009

(ce texte a obtenu la 2ème place du prix Francis Mendiondo  aux jeux floraux du Béarn 2009)

Posté par fabeli à 21:29 - En vie de poésie - Commentaires [11] - Permalien [#]

10 novembre 2009

TAGGGGGGGGGGGGGGGGGG

awesome

Je remercie Mimik, qui, depuis son Blog Eclectique, a eu la gentillesse de me taguer pour me décerner un award d’ « awesome blogger »

Comme Mimik est une chic fille qui m'a fait découvrir le haiku, J'accepte de me prêter au jeu dont voici les règles en quelques points :

1. Remercier celui qui l’a donné
2. Copier l’award
3. Le poster sur son blog
4. Dire 7 choses que les lecteurs ne savent pas sur soi
5. Mettre les liens de 7 bloggueurs
6. Les prévenir qu’ils ont gagné un award

***

Donc voici 7 choses que vous ne savez pas -encore- sur moi :

  • Je suis plutôt branchée médecines naturelles
  • J'adoooore la crème de marron
  • J'ai un chien qui s'appelle Vanille
  • Je pleure TRES facilement devant un film
  • J'aime les chats
  • J'ai les yeux marrons
  • Les grands voyageurs me font rêver

Et voici 7 blogs auxquels je décerne le fameux
awesome

Carnet vert

Cahiers du soir

Quand le masque tombe

L'écritoire du balladin

Les lectures de Liliba

Le blog de Sylvie

Petites Paroles Inutiles


Posté par fabeli à 21:33 - FABILLET - Commentaires [13] - Permalien [#]

Dis Fabeli, qu'est-ce qu'il y a?

arbre_automne

 

Il y a la douceur d'un automne ensoleillé, les premiers champignons dégustés et les premières châtaignes. Il y a ces quelques plaisirs saisonniers pour nous faire oublier l'arrivée inexorable de l'hiver, l'endormissement de la terre, le gris lourd du ciel qui hésite entre pluie et neige.

Il y a cette envie de ne pas se laisser envahir par le froid et la tristesse. Une envie de petits bonheurs fragiles à saisir coûte que coûte. Il y a cette volonté farouche de vivre la vie au plus fort. Il n'est pas question d'abus, de sensations fortes, d'exagération. il s'agit plutôt d'investir sa vie en totalité, de l'appréhender dans son entier, du début à la fin. De se laisser envahir par toute une gamme de sensations, de sentiments, qui nous rendent vivants.

Je vois donc je vis, je touche, donc je vis, j'aime donc je vis. Je ris, je pleure, je hais donc je vis.

A travers toi, lui, elle, vous, je vis.

Avec ou contre, je vis.

Au-delà de moi, je vis.

J'accepte de vivre cette vie offerte un jour de mai par une femme hurlant de douleur.

Je prends soin de ce cadeau magnifique. Je le respecte, je le soigne. C'est une vie unique, c'est la mienne, elle est ce que j'en fais.

 

©Fabeli 24.10.09

 

Posté par fabeli à 10:20 - Pensées volantes - Commentaires [16] - Permalien [#]

06 novembre 2009

Un temps pour tout

 

Il disait : " il y a un temps pour tout. Un temps pour travailler, un temps pour jouer, un temps pour dormir "

Je savais qu’il était inutile de discuter. La petite phrase était la dernière limite de sa patience. Comme un signe entre nous.

" Il y a un temps pour tout " disait mon père. Alors je me levais, ramassais les quelques jouets éparpillés sur le tapis, les posais dans le coffre en bois clair et filais me brosser les dents.

 

Il y a un temps pour tout, c’est ce qu’elle m’a dit ce matin au téléphone. Elle avait sa voix sans sourire, sa voix toute froide, sa voix barrière. Je n’avais aucune chance de pouvoir passer de l’autre côté. J’ai bien tenté de lui parler du temps d’avant, du nôtre, de ces dix ans de temps partagé.

Elle a dit: "Il y a un temps pour tout. Tu dois comprendre que…"

Je dois comprendre. C’est un devoir, une obligation. C’est une contrainte. Je dois comprendre.

Comprendre qu’il est temps de terminer cette histoire. Dernier acte, on sort de la scène. Le machiniste éteint les lumières dès que le rideau est tombé. Inutile de saluer, le public a quitté la salle. Il n’y a plus rien à voir.

Il y a pourtant eu quelque chose à voir. Un temps de rire, de couleur, un temps de mimosa fleuri et de ciel bleu clair, un temps tout propre, tout net, avec tout à dire et tout à faire. Alors on a fait. Mariage, maison, enfant. Tout est venu en son temps.

 

"Il y a un temps pour tout. Regarde-nous, ça ne ressemble plus à rien. Même Paul n’y croit plus. On ne ment pas à son gamin, c’est trop cruel "

Quand Paul est né, j’aurais voulu l’arracher des mains du toubib, le brandir en hurlant comme un fou, faire le tour de cette salle qui puait la sueur et le sang, courir partout, "c’est mon fils, mon fils !"
Ce jour là, en basculant de fils à père, j’ai compris que je venais d’atteindre enfin ma taille d’adulte. Il y a un temps pour être fils et un temps pour être père.

Mais je dois comprendre qu’aujourd’hui le temps est venu pour moi d’être un père à mi-temps.

Bien sûr qu’elle a pensé à Paul. Marianne pense toujours beaucoup. Elle ne fait rien à la légère

" C’est une histoire de couple, Marc, pas une histoire de parent. Notre couple est fini mais je reste la mère de Paul et tu restes le père de Paul. C’est à vie, ça. A durée indéterminée. Marc, regarde moi en face, tu ne peux pas dire qu’il est possible de continuer comme ça, nous deux "

Je ne pouvais pas la regarder en face, il y avait ce putain de téléphone entre nous. Il y avait sa voix barrière levée comme un bouclier de sécurité.

Il y a eu le temps joyeux des premières fois, puis il y a eu le temps des deuxièmes fois, deuxième anniversaire de Paul, deuxièmes vacances à Capbreton, deuxième saint Valentin chez l’Italien, deuxième dispute chez des amis. Et une troisième, une quatrième. Et puis plus rien, un temps de paix. Et puis la cinquième, la sixième…

 

" Il y a un temps pour tout " a dit Marianne. " On a cru qu’on ferait quelque chose. Il vaut mieux s’arrêter maintenant et se donner la chance de pouvoir recommencer ailleurs. Dans dix ans ce sera foutu, on finira même peut-être par rester ensemble par habitude. Tu te rends compte, Marc, par habitude ! C’est ça que tu veux ? Non, tu ne peux pas me dire ça, pas toi. Il est temps de faire quelque chose "

Alors je n’ai rien dit et je l’ai laissé enfermer notre histoire dans quelques valises bien organisées, étiquetées. Je l’ai laissé afficher sur le frigo les rendez-vous chez l’avocat. Je l’ai même laissé expliquer à Paul que…

Que quoi ?

 " Il y a un temps pour tout, mon fils. Un temps pour les mamans avec les papas, et un temps pour les papas sans les mamans. Tu dois comprendre "

 

Je dois comprendre qu’il est temps pour moi de rassembler mes affaires, de les ranger dans un petit trois pièces avec deux chambres, et d’attendre que vienne mon tour de garde.

 

Dans le noir de ma chambre d’enfant, je guettais les bruits minuscules de mon père mettant de l’ordre dans notre petit appartement. Ensuite il allait se coucher et je fixai, les yeux grands ouverts, la lueur de sa lampe de chevet, aussi longtemps que possible.

 

©Fabienne Rivayran  mars 2009

(texte publié dans la revue en ligne Ecrits-vains, théma absence juin 2009)

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03 novembre 2009

Ce que je veux...

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Je veux le beurre et l'argent du beurre.

Je veux le tout dans son ensemble.

Je veux. Le roi dit "nous voulons"

Je suis reine, je décide, j'ordonne.

J'ordonne à ma vie de prendre le cours que je veux.

Qu'est-ce que je veux?

Je veux la paix dans le monde, le bonheur de mes filles, la douceur d'une soirée d'été.

Je veux un bon verre de vin en bonne compagnie.

Je veux de l'amour, comme vous. Je veux de l'amour, du vrai, celui qui ouvre les yeux sur un monde plus beau, celui qui met de la couleur dans l'air.

Je veux cet amour-là qui fait tenir debout, jour après jour, nuit après nuit.

Je veux et je ne veux pas.

Je ne veux plus me perdre, je veux me trouver.

Je veux définir des contours nets, quelque chose qui ressemble à quelque chose.

Je veux du solide, du tangible.

Je veux, je veux, je veux y aller et je veux revenir, je veux essayer et je veux laisser.

Je veux une vie, je veux des vies, je veux jusqu'à l'infini.

Je ne veux pas mourir.

Fabeli 2009

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30 octobre 2009

Un petit bout de moi...

En visitant le royaume de mes statistiques, je constate que nombre d'entre vous passent encore par le Chantier, mon ancien blog, pour arriver ici, dans l'Atelier. Je vous suggère de vous inscrire à la newsletter de Fabelire (là, en haut à gauche, suffit de cliquer), pour être prévenus directement à chaque publication.

Et pour chaque abonné,

cadeau_rubanun petit cadeau *

et c'est un petit bout de moi qui se glissera dans les pages de votre livre préféré!!!!

*un marque page fait de mes petites mains que vous recevrez par mail ( suffira de l'imprimer )

Posté par fabeli à 09:23 - FABILLET - Commentaires [8] - Permalien [#]



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