Semaine du 7 au 13 mai
Lundi 07/05 : Vague rose sur la France! Je suis une éternelle optimiste qui pense que les choses finissent toujours par s'arranger si on y met du sien. Cependant je ne suis pas mécontente que cesse le brouhaha de la campagne présidentielle!
Mardi 08/05 : Je continue d'envoyer mon second recueil de nouvelles à des maisons d'éditions. Les réponses se font attendre...comme pour le premier! Mais je suis une éternelle optimiste qui pense que les choses finissent toujours par s'arranger...
Vendredi 11/05 : J'essaie de m'astreindre à travailler sur mon nouveau projet d'écriture de façon régulière. Pas facile de jongler entre emploi du temps professionnel, familial et amical. Pas facile non plus de garder un oeil neutre sur ce travail d'écriture. Je traverse des phases d'enthousiasme et d'abattement : Un coup je trouve ça bien, un coup je trouve ça nul! Mais je suis une éternelle optimiste qui pense que les choses finissent toujours par s'arranger...
Dimanche 13/05 : Je ne suis pas du genre nostalgique, les coups d'oeil dans le rétro, les "c'était mieux avant", très peu pour moi. Ma nature optimiste me pousse à garder les yeux sur la route, me soufflant que le meilleur reste à venir. Cependant je constate que parfois le passé se mêle au présent sous la forme d'un fil ténu mais solide, qui me rappelle celle que j'ai été et me donne à voir celle que je suis devenue. Et comme je suis une éternelle optimiste, je veux croire que ce fil-là ne se rompra pas...
le tapis du salon
Pour ceux qui ne connaissent pas le style "Saumont", il y a de quoi être dérouté par ce "tapis"!
Pour ma part j'ai retrouvé avec plaisir l'univers intérieur de cette grande dame de la nouvelle. J'ai accepté de me laisser porter par ses mots assemblés en phrases parfois bousculées pour transcrire au plus juste l'état mental de ses personnages eux aussi bousculés par la vie.
Une fillette kidnappée jouant avec un scarabée prisonnier, un frère qui finira par garder pour lui seul la soeur tant aimée, une mère chipant le fiancé de sa fille... Comme toujours, Annie Saumont s'attache à tisser de sa plume des portraits de gens simples saisis par des bouleversements décrits avec une grande humanité. L'auteure ne juge pas, elle nous donne seulement à voir, en quelques mots, les failles de l'âme humaine.
3 des 19 nouvelles s'intitulent "le tapis du salon", un tapis que l'on retrouve taché par le sang, la honte ou la haine.
Au fil de ses recueils, Annie Saumont offre à ses lecteurs cette même écriture dépouillée, dégagée de toute contrainte. Les mots sans corsets, les mots à même la peau.
Joli mois de mai!
J'aime le mois de mai! Joli mois de mai, promesse d'été à venir et de bonnes nouvelles (par exemple du soleil et du ciel bleu?)
En ce joli moi de mai, mon recueil de nouvelles "Au cours du marché" fête sa première année d'existence! Bien calées dans le rayon des librairies paloises (Chez Tonnet et au Parvis), ou bien sagement affichées sur Amazone, mes petites histoires font de l'oeil aux lecteurs curieux.
En ce joli mois de mai, ma nouvelle "Deux brunes pour une blonde" parait dans un recueil collectif édité par les Noires de Pau, qui s'intitule : "Les Noires remettent la gomme!"
En ce joli mois de mai, je vais souffler, comme chaque année, quelques bougies d'anniversaire... ben oui, y'a pas d'âge pour ce plaisir-là!
Mai, mai, mai, joli mois de mai...

Promenade
La rue est mouillée. Je devine derrière la vitre la fraîcheur de l’air après la pluie. Maman ne voudra pas sortir. Maman n’aime pas la pluie. Elle dit : « Tu vas salir tes chaussures »
Madame Otomé, elle, se moque de la pluie. Elle traverse la rue avec son gros panier, là, juste en face de moi. Elle n’a pas peur de salir ses chaussures. Elle n’a peur de rien, madame Otomé. Même pas des voitures qui menacent de l’écraser quand elle traverse lentement la rue avec son gros panier. Madame Otomé regarde la voiture et lui parle avec de grands gestes et une grosse voix. Et la voiture a peur, c’est sûr. Moi j’aurais peur. Je n’aime pas croiser madame Otomé dans l’escalier. Elle veut toujours caresser mes cheveux, ses gros yeux s’approchent de moi et ses lèvres épaisses me parlent en chuchotant. « Comment va ta maman ? »
Maman ne sait pas qu’il a plu. Elle dort encore. Elle dort depuis hier soir. Elle n’a rien su de la pluie qui est tombée cette nuit. Moi, je l’ai entendue. Elle a essayé pourtant de ne pas faire de bruit, c’était une pluie timide qui ne voulait pas déranger. Mais je l’ai entendue. Juste avant le moteur de la voiture de papa, qui s’en va avant le jour et rentre toujours après lui.
Peut-être que la rue aura le temps de sécher avant que maman ne se réveille. Peut-être que les trottoirs seront secs et les feuilles du grand marronnier aussi. Elles ne s’agiteront pas en vent mouillé au-dessus de nos têtes, pour ne pas décoiffer maman. Maman n’aime pas être décoiffée par les gouttes d’eau des grands arbres, ni par le vent qui s’emmêle dans leurs branches. Elle pose la main sur sa tête pour tenir son foulard et se dépêche de rentrer. Maman préfère sortir en même temps que le soleil. Elle dit : « Oh ! Qu’il fait bon ! » en tournant son visage vers le ciel. Moi aussi j’aime les promenades au soleil, avec les bras nus qui s’agitent dans l’air tiède et doux.
Mais ce que j’aime par-dessus tout, ce sont les promenades. Peu importe le temps qu’il fait. Je ne crains pas le froid vif de l’hiver qui taillent les lèvres en cristaux de glace, ni le vent de l’automne qui fait danser les feuilles mortes à les rendre folles et mes cheveux aussi. J’aime tant sortir, me mélanger aux bruits de la rue, renifler le parfum rude des autos. Frémir au passage des camions qui font grogner les trottoirs.
Mais il a plu et maman ne voudra pas sortir. Elle dira : « On va faire un jeu, lire un livre. Ou bien je vais coiffer tes cheveux. On sortira plus tard, au soleil» Alors on va jouer un peu, feuilleter une histoire, puis la brosse caressera mes cheveux pour les faire briller encore et encore. Et pour finir, si le soleil ne vient pas, maman repartira se coucher. « Je me repose un peu avant le dîner »
Oui maman, repose-toi. Ce n’est pas grave si on ne sort pas aujourd’hui. On sortira demain, avec un beau soleil qui dessinera un sourire sur ta figure. Nous irons au parc et tu lâcheras ma main le temps que je puisse te cueillir un bouquet. Tu verras maman, ce sera le plus joli bouquet du monde, avec des fleurs de toutes les couleurs au parfum magique. Et rien que de sentir ce parfum, ton envie de dormir disparaîtra, tu retrouveras ta force et ta joie, tu voudras bien sortir, même les jours de pluie ou de grand vent, tu danseras avec les feuilles mortes et tes cheveux, enfin repoussés, n’auront plus peur des gouttes d’eau du grand marronnier.
© Fabienne Rivayran
Ecrire en atelier
Jeudi dernier, j'ai dîné avec mes anciens partenaires de l'atelier d'écriture "A vos Plumes", que j'ai fréquenté pendant 2 ans. Parmi les participants, certains sont devenus des amis. Nous gardons le contact tout au long de l'année.
A l'occasion de nos diners, nous échangeons sur nos projets d'écriture, et plus généralement sur le plaisir (ou pas!) d'écrire. Pour chacun d'entre nous, je pense que le passage en atelier a été bénéfique. Il nous a permis de prendre confiance en nous, de trouver (ou confirmer) notre "voix" d'écriture.
En nous confrontant à des propositions d'écriture parfois ardues ou farfelues, Patricia, notre animatrice, a su nous faire progresser. Sous prétexte de jouer avec les mots, elle a su mettre en valeur nos points forts, nous faire découvrir des techniques d'écriture et une méthode de travail.
Au bout de ces 2 années, nous avons su trouver, pour ceux qui le souhaitaient, la force de travailler seuls, de faire preuve d'exigence envers nous-même pour retravailler nos textes et mener des projets d'écriture à terme.
Je voudrais dire à ceux qui n'ont jamais participé à un atelier d'écriture, qu'un atelier n'est pas du tout synonyme d'obligation, de travail, de contrainte.
Non, un atelier d'écriture, un bon atelier d'écriture, est synonyme de partage, de découverte des autres mais surtout de soi-même : les mots partent souvent du ventre! Et on n'écrit pas toujours les belles choses que l'on aurait voulu.
Dans un atelier, on écrit beaucoup, bien sûr, mais on rit aussi beaucoup! Et on apprend dans le jeu et la bonne humeur. Ce que nous pensions être un combat, "moi contre les mots", devient une alliance, "moi avec les mots".
Et même si le premier pas vers l'atelier est souvent difficile (on avance vers l'inconnu, des inconnus!), après la première séance, on se dit vivement la suivante!!!
L'Urgence et la Patience
Je suis abonnée à la revue "Lire". Je lis aussi de temps en temps "Le magazine littéraire" mais je ne paye pas pour ça. Je l'emprunte à la médiathèque. Parce que dans celui-ci, je ne comprends pas tout, c'est un magasine intellectuel (pour moi). Alors, ça m'ennuie un peu de payer.
Dans "Lire", ça va, j'arrive à suivre. Avec plaisir, même.
Je commence par le début, l'édito de François Busnel. J'aime bien François Busnel, je crois l'avoir déjà dit.
Ensuite je passe à la chronique de Frédéric Beigbeder. J'avoue, je n'ai jamais lu un livre de Beigbeder. Au début, je n'aimais pas le personnage, trop superficiel et décalé pour moi. Et le peu de pages feuilletées par-ci par-là ne me donnait pas envie d'approfondir.
Mais je dois reconnaître que ses chroniques me font souvent sourire. Cette fois-ci, dans le numéro d'avril, il brode autour du dernier livre de Jean Philippe Toussaint, "l'urgence et la patience".
Extraits :
D'un côté, il faut une urgence... On écrit comme on tombe amoureux : un livre s'impose à soi... On aurait peut-être aimé écrire autre chose... on avait une meilleure idée... Il [l'écrivain] n'a qu'un livre à écrire, celui qui sort de son ventre."
"...La patience. Pour bien écrire il faut savoir attendre... On imagine souvent l'écrivain au travail comme un glandeur inquiet de se faire poser un lapin par les Muses : c'est exactement ça... Ecrire suppose du temps, de l'ennui, du silence, de la solitude... Ecrire, c'est aussi se retenir d'écrire."
"... quelle angoisse épouvantable. Rendez-vous compte : un écrivain est un dingue qui doit travailler sans travailler, un fou qui doit agir à la fois vite et lentement..."
"Aujourd'hui, moi...j'attends l'urgence. Merci à Toussaint de me fournir une bonne excuse... Sachez qu'un romancier affreux, sale et méchant, allongé sur une banquette à quatre heures du matin est avant tout quelqu'un d'extrêmement patient."
Semaine du 26 mars au 1er avril

Lundi 26/03 : Sortie ciné pour aller voir "38 témoins" de Lucas Belvaux. Je suis légèrement fan de Yvan Attal depuis son "Rapt", donc malgré les critiques mitigées de la presse, j'ai décidé de me faire ma propre idée (on n'est jamais mieux servi que par soi-même!)
Une nuit, dans une rue déserte, au milieu d'un ensemble d'immeubles, une femme est assassinée. Personne n'a rien entendu, rien vu. Personne?
J'ai beaucoup aimé ce film lent et sombre (à tous points de vue, ambiance et lumière) qui pose la question de la responsabilité collective. Yvan Attal donne à son personnage suffisamment de profondeur (j'allais dire de lourdeur) pour le rendre crédible et attachant. "Un témoin qui se tait, c'est un salaud" mais quand 38 personnes affirment ne rien avoir entendu... Ces 38 témoins, c'est moi, c'est vous, c'est nous... On aurait fait quoi?
Vendredi 30/03 : Je m'improvise attachée de communication et je rédige (avec l'aide d'une copine!) le dossier de presse qui présentera le nouveau recueil des Noires de Pau. Ça me plait bien comme job!
Dimanche 01/04 : Je tente l'écriture d'une nouvelle plus longue que mon format habituel. Je tâtonne un peu, ne sachant pas jusqu'où je peux développer mon histoire. J'ai la sensation d'emménager dans une maison plus grande que la mienne: une fois mes meubles posés, il reste encore beaucoup de place et je ne sais pas quoi en faire!
Le chat qui miaule
Le chat miaulait déjà quand madame Marsault, est arrivée sous la véranda. Elle avait d’abord frappé à la porte de devant, on n’a pas répondu, elle a pensé qu’il n’y avait personne (la voiture pourtant dans l’allée, c’est pour ça qu’elle avait décidé de rapporter le taille haie, avait traversé la rue sans prendre la peine de fermer son portail, déjà encombrée par l’engin)
Mais bon, puisqu’elle est là, que le poids du taille haie n’est-ce pas, il suffit de faire le tour par le potager, et de laisser l’objet sous la véranda de derrière.
Le chat miaulait, donc, perché sur la table en bois exotique à quatre vingt euros chez Leclerc le mois dernier avec les chaises. Le chat miaulait mais madame Marsault ne comprend pas le langage des chats. Elle s’est contentée de poser le taille haie sur la table, une caresse au chat en passant et elle est repartie, bientôt cinq heures, son émission de télé favorite. Devant les plants de tomates elle a pourtant fait demi-tour, inquiète pour le chat. Et s’il allait renifler de trop près le taille haie et jouer avec la lame ou bien avec le fil comme font les chats avec les fils, ficelles et autres cordes, il pourrait se blesser pauvre bête.
Elle revient sous la véranda, le chat miaule toujours, (c’est peut-être qu’il a faim) reprend le taille haie dans les bras, cherche du regard où le poser, à l’abri des bêtises du chat. La porte de la cuisine, si elle était ouverte, il suffirait de déposer l’objet, de toute façon il n’y a personne mais parfois on quitte la maison sans penser à fermer toutes les portes à clef, oui, elle est ouverte, voilà, le taille haie dedans, le chat dehors, c’est très bien comme ça.
Madame Marsault va ressortir et rentrer chez elle pour ne pas manquer le début de la demi-finale régionale. Elle va sortir sans regarder autour d’elle, par discrétion, elle entre, elle sort, c’est tout. Pourquoi tournerait-elle la tête vers le couloir qui mène à la salle de séjour ?
Elle a tourné la tête et paf ! Les pantoufles rouges avec les pieds dedans et après les pieds les jambes et tout le reste de Martine Frojart par terre dans le couloir. Clac ! Le cœur de madame Marsault claque d’un coup dans sa poitrine. Mon dieu, Martine, un malaise, une crise cardiaque qu’elle a dû faire, elle respire encore peut-être, faut voir ça, elle s’approche et c’est le drame. Juliette, Madame Marsault, ne voit pas la tête de Martine. Le corps oui, mais pas la tête. Rien qu’une bouillie rouge versée sur le carrelage comme de la vilaine viande mal hachée.
Aaaah ! Juliette crie, pas Martine qui n’a plus de tête. Juliette hurle dans les oreilles que Martine n’a plus. Juliette court, court, court loin de Martine, loin des pantoufles, loin du couloir. Elle court retenant son cœur à deux mains pour ne pas le perdre en route et elle crie dans le téléphone, dans les oreilles du policier qui a décroché tout de suite, « vous êtes en relation avec la police, veuillez ne pas quitter »
Et le chat, toujours miaulant, maintenant assis aux pieds de Martine, elle, couchée par terre, la tête ailleurs.
Comme à la télé, des camions de gendarmes dans la rue, et les gendarmes, comme à la télé, cherchant à trouver des choses dans le jardin. Les voisins, groupés sur le trottoir d’en face, voudraient bien savoir la suite. Madame Marsault, assise sur une chaise dans l’allée, répond de son mieux aux questions d’une jeune fille en uniforme, toute mignonne, un peu trop de poitrine peut-être, qui a posé son ordinateur sur le mur de clôture. Nom, prénom, date de naissance et l’ordinateur de la petite avale tout sans faire le tri, le taille haie, le chat, la table, la porte, les chaussons rouges et… Madame Marsault hoquette ses réponses en fixant les seins de la petite pour ne pas regarder vers la porte d’entrée ouverte sur le couloir où…
Les voisins, bon public, commentent le film à voix basse pour ne pas déranger. Et c’est qui qui a fait le coup, le mari pour sûr mais non, l’est parti en stage à Mulhouse pour trois jours, alors qui, ça pourrait, mais non, on n’en sait rien, mais si, ça pourrait, ils finiront bien par deviner, tu vas leur dire quoi, on n’en sait rien après tout, c’est pas nos oignons, oui mais ça pourrait avoue que c’est bizarre que ce soit justement le stage du mari et c’est tant mieux qu’il n’y a pas de gosses là au milieu, quelle horreur pour des gosses, perdre leur mère comme ça la tête explosée, moi je dis ça je ne dis rien mais quand même la fois d’avant aussi pendant le stage du mari à Brest on l’a bien vue quand même la voiture bleue devant la maison, son beau-frère qu’elle a dit à Ghislaine la boulangère, le beau-frère de qui, pas elle puisqu’elle est fille unique paraît-il, le beau-frère à qui alors, au mari ?
Scène de crime, ruban jaune, poudre noire par-ci poudre blanche par-là, clic clac des photos de tout, partout, les chaussons rouges, la bouillie de tête aussi, rouge, la mouche qui tourne et vire avec trois copines et le chat qui miaule en matant les mouches. Un type en combinaison blanche, accroupi tout prêt de cette pauvre Martine toujours affalée de tout son log sur les carreaux beiges. Un type qui parle à un petit appareil planqué dans sa main « vendredi douze septembre dix-neuf heures, clic… un corps de sexe féminin, entre trente et quarante ans, clic… taille moyenne, plutôt mince, petits pieds, cheveux, clic… cheveux sûrement bruns, clic… quelqu’un peut me donner un verre d’eau pour mes cachets, il est sept heures, clic… allez, ouste, le chat ! Sors-moi tes pattes de là ! »
Queue raide, museau vexé, le chat sort d’un air digne dans le jardin. Il a tout vu mais ne dira rien puisqu’on le chasse comme un malpropre. Evitant les ornières de boues laissées par des pneus de voiture, il va s’asseoir au fond du jardin, sous le pommier malade. Que les humains se débrouillent tous seuls avec leurs histoires, qu’ils cherchent à droite, qu’ils cherchent à gauche, en haut, en bas, qu’ils piétinent donc le potager, mais oui, bien sûr, le potager aussi. Le chat, narquois, lisse ses poils avec soin dans le plus grand silence.
Sur le devant de la scène, éclairée par un projecteur planté dans l’allée, Madame Marsault raconte et raconte encore tout ce qu’elle n’a pas vu. Elle ne sait rien mais elle dit tout. Et les voisins, en rangs serrés, suivent d’un œil expert les allées et venues des acteurs en bleu marine. Ça va, ça vient, ça entre, ça sort, on commence à savoir qui est qui dans cette histoire et la fille, là-bas, en imperméable, journaliste, si si, moi je la connais, voisine de ma fille et leurs gosses dans la même classe. Les gros titres, demain, « Drame sanglant à Ribérac » « La mort en chaussons rouges » « Le chat pour seul témoin »
La nuit vient, le chat miaule, madame Marsault dit qu’elle va se coucher sans dîner, rassasiée d’horreur pour le reste de sa vie. Martine quitte sa maison dans un sac en plastique blanc, la tête en moins. Il y aura du travail pour nettoyer toutes ces cochonneries sur le carrelage beige du couloir. La tapisserie à refaire aussi. On verra ça plus tard, l’urgent maintenant c’est de contacter le mari, en stage on ne sait où à Mulhouse.
Il a faim, le chat qui miaule sous le pommier. Il a faim car les crimes humains ne coupent pas l’appétit d’un chat. Il s’en moque, le chat, des avis de recherche lancés à droite et à gauche pour retrouver une voiture bleue de marque Peugeot ou Renault, rien n’est sûr. Il a faim, le chat, il a faim tout de suite et personne ne l’entend. Son ventre crie famine et Martine n’est plus là pour garnir la gamelle rose planquée derrière la porte du garage.
La nuit est tombée d’un coup mais sans bruit. Madame Marsault ronfle ses somnifères, les voisins devisent gentiment devant le vingt heures, non, c’est trop tôt, ils en parleront demain, mais attends de voir jusqu’à la fin, tu vois bien qu’il n’y en a que pour les inondations dans le sud.
Un peu partout dans le pays, de pauvres types au volant de leur voiture bleue sont interceptés par des gendarmes consciencieux, vos papiers, s’il vous plait, les mains sur le volant, pas bougé.
Le chat miaule à fendre l’âme des corneilles mais personne n’a l’idée de traverser le potager pour venir lui donner à manger. Toute cette histoire occupe tous les esprits et personne ne s’occupe du chat. Surtout pas le type en survêt qui descend de voiture à l’instant. Il claque la portière bleue de sa voiture bleue, regarde le ciel et les étoiles bien brillantes, bien plus brillantes que l’enseigne bleue au-dessus de la porte vers laquelle il se dirige lentement. Le type en survêt baisse la tête pour avoir l’air d’un tueur puis entre sans frapper dans le commissariat pour se rendre sans hésiter.
© Fabienne Rivayran 2012
Semaine du 12 au 18 mars
Lundi 12 : Nounours chéri est au tavail (le pauvre!), ma fille au lycée, et moi je bulle sur la grande Toile du Net. Il a toujours quelque chose à découvrir!
Mardi 13: Du mardi au vendredi, dès 17h, je cale la fréquence du petit poste radio sur le "grand entretien" de François Busnel. Après, c'est une question de hasard. Soit la fréquentation du magasin est réduite et je pourrai écouter l'émission en grande partie, soit les clients affluent et je n'aurai que quelques bribes à saisir au vol. Et mon coeur est partagé entre la réussite commerciale de ma journée et le plaisir de suivre mon émission favorite!
Mercredi 14: J'avoue, j'aime Facebook! Cette possibliité de créer une communauté virtuelle, d'échanger par messagerie instantannée avec des copines d'écriture qui sont aux 4 coins de France, c'est chouette!
Jeudi 16 :
15h/ Dans le cadre de mes activités aux Noires de Pau, j'accompagne une amie au lycée Louis Barthou. Nous assurons une séance de soutien à l'atelier d'écriture organisé par le lycée pour participer à notre concours de nouvelles. Le premier conseil que je donne (loin des oreilles des profs!), c'est d'oublier ce maudit passé simple si "casse gueule", pour utiliser un présent et un passé composé plus gérable pour cette jeunesse fâchée avec l'orthographe!
17h30/ François Busnel : "Qu'est-ce qu'un bon livre?
Jean-Claude Zylberstein " C'est un livre dans lequel on rentre et qui rentre en vous"
Vendredi 17: Je retrouve "2 brunes pour une blonde", ce texte prévu pour être publié en recueil collectif en mai. Il est passé au crible du comité de lecture, à moi de travailler sur les corrections suggerées. Il s'agit de revoir la fin, pas assez noire. Alors on va noircir!
Samedi 17: Une inauguration au musée du château de Pau, j'assure le cocktail qui suit, petits fours et Jurançon. Mais le ministre de la culture, venu pour l'occasion, n'a pas le temps de rester au buffet, il file reprendre son avion pour rejoindre la capitale. Je ne verrai pas Frédéric!
Ecrire à l'oeil
J'aime écrire d'après un support visuel. Photo, carte postale, peinture...
Le goût m'en a été donné par Coumarine et ses "Paroles Plurielles". Ce blog proposait un atelier d'écriture en ligne, j'y ai laissé mes premiers mots virtuels. Depuis, le site a fermé mais la voix de Coumarine est toujours là, fidèle.
La consigne d'écriture se composait d'une phrase (à utiliser en incipit ou à inclure dans le texte) et d'une photo.
La première fois que j'ai participé, il s'agissait de cette photo
et de cet incipit :"L’horloge indique vingt deux heures trente mais elle est en avance"
C'était il y a plus de 4 ans, mes premiers pas dans l'écriture à ciel ouvert! J'acceptais de sortir mes mots du cocon rassurant de mes cahiers pour les exposer à des lecteurs inconnus!
L'expérience fut positive puisque dans les semaines qui suivirent je m'inscrivais à un atelier d'écriture bien réel, celui-là, à quelques kilomètres de chez moi.
Depuis, je continue à écrire sur photo. Lorsque j'ai travaillé sur mon recueil de nouvelles "au cours du marché", je suis allée prendre des photos aux halles de Pau, de façon à disposer d'une réserve visuelle.
Quelle sera la prochaine image
qui viendra chatouiller mon imagination?









