L'atelier de Fabeli

28 janvier 2016

Déménagement

L'atelier de Fabeli déménage...

C'est par ici!

 

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http://albertosi.over-blog.com/article-dessins-39901677.html

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22 novembre 2015

Humain par amour

Il y a 10 jours, à Paris, la terreur a frappé aveuglément, jeunes, vieux, filles, garçons, croyants, athées. Tuer pour tuer.

Il y a 10 jours, j'étais au chaud et en pyjama quand l'horreur a débarqué en direct dans mon salon. Stupeur, incrédulité, douleur, colère, peur, tristesse, compassion.

Dans les jours qui ont suivis ce terrible vendredi 13, j'ai pris des nouvelles des Parisiens que je connais, familles, amis, j'ai suivi la progression de l'enquête, les arrestations, les manifestations de soutien mondiales (c'est incroyable de constater le rayonnement de la France à l'étranger, ça nous oblige à en être digne). J'ai allumé une bougie en pensant aux victimes, communion nationale, je suis allée donner mon sang, pour réalimenter les stocks pillés par la prise en charge de centaines de blessés.

Et puis les petites affaires intimes reprennent le dessus, le quotidien, ma petite santé à soigner, mon petit frigo à remplir, mes petites affaires, ma petite vie. Si petite cette vie et pourtant si précieuse. Précieuse pour les gens qui m'aiment, ces quelques personnes si proches de moi pour lesquelles ma présence sur terre semble utile, voir indispensable. Et je pense soudain à ces 129 vies volées, 129 petites vies si précieuses pour les gens qui les aimaient. 129 vies arrachées à l'amour de leurs proches dans un moment d'une grande violence par 8 autres petites vies. 8 personnes qui ont cessé soudain de ressentir de l'empathie, de la compassion, 8 personnes qui ont perdu en une seconde le souvenir de l'amour qu'il ont reçu. Et la perte de ce souvenir a signé la perte de leur humanité.

Parce que c'est l'amour qui fait de nous des humains. C'est l'amour qui pétrit notre cœur et lui donne la capacité d'aimer à son tour, c'est l'amour qui nourrit notre âme et la conduit à nourrir à son tour. Cet amour qui, de l'un à l'autre, gagne par capillarité le plus grand nombre d'entre nous. Un amour qui a la force de franchir les frontières, les opinions, les religions. L'amour, c'est la seule ressource à utiliser sans retenue, la seule ressource qui se renouvelle d'elle même parce qu'elle est consommée. A nous d'en faire une inépuisable ressource mondiale.

 

Amour M

 

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15 novembre 2015

"La main voit, l'oeil cherche"

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Je suis allée voir au Musée des beaux arts de Pau l'exposition sur l’œuvre de Georges Visat, peintre et graveur. Cet artiste plutôt discret a côtoyé les « vedettes » du monde artistique de son époque : Max Ernst, Giacometti, Matta, Miró, Magritte, Léger...

Il a consacré la première partie de sa vie à la gravure, devenant un spécialiste reconnu bien au-delà de nos frontières. Il a développé des techniques innovantes et un savoir-faire qui ont attirés de grands peintres intéressés par la reproduction et la diffusion de leurs œuvres. Visat a su faire preuve d'une grande sensibilité pour « épouser » le style de chaque artiste afin de transposer dans la gravure le geste et l'âme du créateur.

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Au début des années 60, avec l'aide de Max Ernst et de son épouse, Dorothéa Tanning, Geoges Visat crée sa propre maison d'édition consacrée aux livres d'arts. Il met en valeur les œuvres de poètes, écrivains et peintres célèbres. Plus d'une centaine d'ouvrages seront ainsi publiés en une vingtaine d'années.

A la fin des années 70, il renonce aux lumières parisiennes pour rejoindre en Béarn sa femme et ses enfants. Installé jusqu'à sa mort, en 2001, à Arzacq, il a pu enfin donner libre cours à son envie de peindre. Sur plus de deux décennies, il réalise une multitudes de toiles aux couleurs vaporeuses dans lesquelles il cherche à partager le cheminement de sa pensée intime. Il continue à exercer occasionnellement ses talents de graveur et transmet son art à sa fille Armelle.

In et ex Visat 1978
In et ex 1978

Et c'est elle justement, accompagnée par son mari, spécialiste de l'oeuvre de Visat, qui nous a servi de guide au milieu de la production paternelle. J'ai beaucoup apprécié cette touche intimiste en cheminant parmi les toiles et les photos qui donnent un premier aperçu du travail de cet artiste méconnu du grand public. J'ai senti, en regardant ses œuvres et en écoutant sa fille, que cet homme trapu au regard sombre devait cacher un homme sensible et tourmenté.

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Autoportrait 1977

L'exposition est visible au Musée des beaux arts jusqu'au mois de janvier 2016.

Les samedis 5/12, 19/12 et 9/01, à 15h, visites guidées avec Armelle et son mari.

Le jeudi 26/11 et le mercredi 30/12, à 12h30, la visite sera commentée par le personnel du musée.

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Le billard 1991

 

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11 novembre 2015

Le temps du deuil

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Il y a un peu plus de 18 mois, j'ai perdu mon papa. Il y a un peu moins d'une semaine, j'ai assisté aux obsèques d'un copain, au côté de son fils de 22 ans. Il y a deux jours, l'un de mes amis de plume m'a appris le décès de son papa. Pour ma part, je pense que je suis sortie de la période douloureuse du deuil. La disparition de mon père s'est imprégnée en moi, elle m'habite mais ne me fait plus souffrir douloureusement. Au début, dans les semaines qui ont suivies, j'ai fait face, j'ai cru faire face, en minimisant la douleur. J'avais mis au point un récit très précis qui évoquait sa maladie et ses derniers moments, je parlais d'un vieil homme qui avait eu une belle vie, qui n'avait pas souffert trop longtemps, ce que était une consolation pour moi et pour ma sœur, n'est-ce pas, je parlais de la vie qui continue, des enfants qui vous soutiennent, du travail qui vous occupe les mains et l'esprit.

J'ai tenu comme ça 4 mois. 4 mois à jongler entre le boulot, les petits soucis familiaux et la vente de la maison de mon père. J'ai tenu, puis sournoisement, ma carapace s'est fissurée, le chagrin si soigneusement contenu a commencé à remonter à la surface, comme une source que l'on aurait contrainte à rester sous terre et qui, plus loin, poindrait dans l'herbe grasse d'un pré ensoleillé. Les larmes m'ont prises, comme ça, à l'improviste, au volant de la voiture, dans la cuisine, au creux de la nuit. Mon ventre s'est mis à gémir, à se tordre, à se vider au rythme où je vidais la maison familiale.

J'ai fini par comprendre d'où venait mon erreur. Je me suis assise et je me suis écoutée parce que j'étais la seule à pouvoir le faire. J'ai écouté la petite fille pleurer son papa ( et sa maman aussi, disparue depuis 22 ans, car la vente de la maison clôturait en quelque sorte ce deuil-là, aussi) J'ai pris le temps de l'écouter parce qu'on a beau avoir 51 ans, la perte d'un parent est difficile pour les "grands" enfants que nous sommes, sommés par la société de ne pas montrer trop de chagrin face au départ d'un "vieillard". J'ai ressenti au fond de moi que le deuil n'est pas à "enterrer" trop vite, il est au contraire à vivre, à vivre au quotidien et pendant le temps nécessaire à chacun, n'en déplaise à l'entourage familial ou professionnel qui cherche souvent à "s'éviter" notre douleur en proposant avec force de nous changer les idées "pour ne plus penser à ça".

Vivre le deuil, ce n'est pas s'habiller de tristesse chaque matin, ni tenir un mouchoir au creux de la main à longueur de journée. Vivre le deuil, c'est garder un coin de son cœur et de sa tête pour celui qui n'est plus, c'est accueillir les émotions qui viennent sans les chasser d'une main trop active, c'est écouter le corps qui dit la peine et réclame du repos. Vivre le deuil, c'est une traversée intime qui se partage difficilement mais dont on peut sortir plus fort.

Alors je voudrais vous dire, Philippe et Adrian, ce chagrin qui est en vous, acceptez de le garder le temps qu'il faudra, sans honte, avec même une pointe d'égoïsme s'il le faut. Ne laissez pas aux autres le droit de vous consoler trop fort, trop vite. Ce temps de deuil ne peut être clos par personne d'autre que vous. C'est le temps qu'il vous faudra pour accepter la perte irréparable d'un parent, accepter que ce "rempart" n'est plus là pour vous protéger (bien ou mal?), accepter que celui qui est parti est parti seul et que vous n'avez pas besoin de partir avec lui, accepter aussi qu'il emporte avec lui une part de vous, de votre histoire, qui vous restera inconnue à jamais.

Un matin, vous sentirez que le moment est venu, vous pourrez lâcher cette main que vous serriez si fort (parfois bien inconsciemment), vous lâcherez cette main car, enfin, la joie sera plus vive que le chagrin.

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23 septembre 2015

Hibou lecteur

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J'ai déjà dit tout le bien que je pense des blogs littéraires tenus par des lecteurs passionnés et passionnants. Heureusement qu'ils sont là pour éclairer le travail des auteurs qui n'ont pas accès aux lumières médiatiques!

Denis Arnoud, hibou-lecteur sympathique, avait donné il y a quelques temps son avis sur "Météo marine". Il récidive ces jours-ci avec une chronique pertinente de Face au mur.

Et il a eu la gentillesse de me proposer de participer à sa "collection" de souvenirs de lecture, ICI.

Qu'il soit ici remercier pour sa gentillesse et la qualité de son travail de chroniqueur.

A découvrir dans la colonne de gauche les autres "fous de lecture" qui ne comptent pas leur temps pour partager leurs avis et leur coeur!

 

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17 septembre 2015

Le soir

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Edw Munch fille à la fenêtre 1893

Elle n'aime pas le soir. Elle n'aime pas le jour qui finit, la lumière qui s'enfuit. Elle n'aime pas le silence qui n'admet aucun bruit. Elle n'aime pas le soir qui voile les pensées d'une ombre triste. Elle n'aime pas le soir qui plaque l'espoir au sol et l'y maintient sans répit. Elle n'aime pas le soir qui saisit les rêves et les emportent avec lui. Elle n'aime pas le soir qui broie du noir sur les vitres, sur les rêves, sur le coeur. Elle n'aime pas le soir qui surligne la solitude d'un silence feutré. Elle n'aime pas le soir.

(extrait d'un travail en cours)

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30 août 2015

Loin de l'endroit où tant de rêves meurent

Tu la vois l'épicerie? Et la pharmacie? Et l'école, tu la vois? Et le marchand de journaux, et le lieu de culte?

Tu entends le bruit des bombes? Les sirènes, les tirs des snipers?

Tu resterais, toi?

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31 juillet 2015

Les yeux de sa mère

[REVE] tableau

Les yeux de sa mère,

la bouche de son père,

les jambes de sa grand-mère,

les mains de tante Marie…

Depuis longtemps, Sabine s’est habituée à ce phénomène un peu magique qui se reproduit chaque jour sans exception. Elle se couche le soir, avec l’impression de tomber dans un monde inconnu dès qu’elle ferme les yeux. Elle s’endort et se perd dans l’univers mystérieux des rêves. Là où les visages s’effacent, les voix s’envolent, les murs tombent. Là où la loi s’enfuit d’elle -même, le loup réfléchit et parle à l’oiseau, la mer se démonte et s’emporte. Au pays des songes, Sabine se dissémine, s’éparpille, s’amenuise bien au-delà du possible. Elle sait qu’il ne faut pas résister, plutôt se laisser porter pour ne rien contrarier. Au matin commence alors le lent travail de rassemblement, de reconstruction.

 Les yeux de sa mère,

la bouche de son père,

les jambes de sa grand- mère,

les mains de tante Marie…

Sabine ouvre les yeux et se voit toute entière, toute neuve, réunie en elle-même. Elle se lève, joyeuse de ce jour qui s’offre au soleil.

Mais ce soir Sabine se couche inquiète. L’incertitude qui la travaille prend le pas sur le chagrin de cette journée particulière. Grand -mère est morte. Serrant fort la main de ses parents, Sabine a accompagné de son mieux le déroulement des rites funéraires. Sans poser trop de question, elle a suivi le mouvement des silhouettes noires, scruté les larmes sur les visages, guetté les sanglots dans les voix. De la longue boite en bois blanc, cachée sous les fleurs, elle se souvient un peu.

Mais ce soir vient le moment du coucher et le doute gagne Sabine. Si elle s’endort ce soir, comme les autres soirs, qui peut lui assurer que la magie va se répéter au matin, comme chaque matin ? Sa grand-mère n’est plus là, Sabine l’a bien compris en écoutant les voix autour d’elle aujourd’hui « Elle est partie sans trop souffrir » « C’est une belle mort après une belle vie »

Mais pour les jambes ? Comment être sûre qu’elles seront là, demain matin, au lever du jour ? Quand la fin de la nuit fermera les portes du sommeil, Sabine se réveillera-t-elle toute entière et toute neuve ? Et si les jambes venaient à manquer ? Si plus jamais elle ne pouvait poser un pied au sol pour se lever ? Dans son lit, Sabine s’attriste et ses yeux se mouillent de pluie chagrine. C’est terrible cette incertitude qui se distille au fond de son cœur. Elle n’est plus sûre de vouloir se réveiller demain matin. A la peine de ne plus voir sa grand-mère s’ajoute ce doute insidieux de ne plus se retrouver elle-même. Sabine s’agite, se retourne, cherchant à chasser le sommeil qui la guette.

Sa mère entend le bruissement des draps qui n’en finit pas. Elle s’approche et le murmure de ses mots caresse Sabine comme le plus doux des velours. Plus rien n’est grave dans les bras d’une maman. Sabine se rassure, le sommeil se rapproche. Demain, peut-être, les jambes ne seront plus là, mais il lui restera les yeux de sa mère, pour le plaisir de voir le soleil taquiner les ombres du jardin, la bouche de son père pour le plaisir de rire aux éclats, les mains de tante Marie pour caresser le chat, et…

Sabine se glisse par la porte entrouverte du royaume de la nuit. Elle se perd, s’éparpille, s’amenuise au-delà du possible et peut-être plus loin encore. Et au matin, comme chaque matin, le lent mouvement magique et fidèle se reproduit. Sabine ouvre les yeux et se voit là, toute entière, toute neuve

Les yeux de sa mère,

la bouche de son père,

les mains de tante Marie,

…Et les jambes de sa grand-mère.

Sabine est soulagée de se sentir réunie. Fragment après fragment, chaque morceau est à sa place, sa bonne place, et la petite fille se lève, joyeuse de ce jour qui s’offre au soleil.

 

Fabienne mars 2008 Tous droits réservés

 

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26 juillet 2015

Ecrire pour vivre mieux

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Ecrire 

Genève, 18 décembre 1978

Je n'aime plus écrire, si écrire c'est « faire des livres » pour les regarder ensuite et les faire regarder en disant : « Comme c'est joli, ce que j'ai fabriqué là », si écrire c'est fignoler son style et lécher sa page. Écrire et lire, pour  moi, ce n'est pas une façon de se retirer de la vie pour faire une oeuvre d'art.
J'aimerais mieux essayer de faire de l'oeuvre d'art une oeuvre de vie, multiplier la vie, ses expériences. Je n'écris pas pour me faire plaisir ou faire plaisir (quoique je ne pense pas du tout que le plaisir à vivre et à agir et à aimer soit un mal en soi).
J'écris comme je lis, pour essayer de vivre mieux, dans tous les sens du mot mieux : pour sentir plus de choses, et plus profondément, pour observer mieux et plus attentivement, pour comprendre mieux les gens et les choses, pour y voir plus clair et me tirer au clair, pour donner et recevoir, rece­voir et donner, pour « faire passer », pour tenter de savoir vivre et pour apprendre à me tenir de mieux en mieux. Pour jouer aussi, parfois, pour le plaisir de l'imaginaire, pour jouir de la liberté ludique d'éluder la vie quotidienne. Mais le jeu lui-même n'est-il pas, dans son apparente gratuité, une façon ambiguë de s'affronter au réel, un apprentissage ?
II me semble qu'en règle générale la littérature ne sert à rien et ne vaut rien quand elle se veut utile, utilitaire et au service de « valeurs ». Mais qu'en même temps la passion d'écrire devrait être une passion morale. Cela peut aller de la gourmandise de vivre de Colette, qui écrit pour mieux savourer et pénétrer le goût des choses de tous les jours, la saveur d'un fruit, le velouté d'une chair, le pelage électrique d'un chat, à la leçon de tenue de Kouznetsov, qui écrit au Goulag pour survivre, pour garder ses distances avec ses bourreaux, pour garder l'échine droite face à ceux qui veulent le briser.
La passion d'écrire, ce n'est pas une façon de vivre un peu moins pour créer un peu plus. Cela devrait être un art d'éclairer (pour soi et les autres) un peu plus la vie, afin de la vivre davantage.

Claude Roy (In « Permis de séjour, 1977 – 1982 » Gallimard 1983)


(Tableau de Jeanette Leroy)

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09 juillet 2015

Mémoire

Je me souviendrai de tout. Les paroles s'envolent, les écrits restent. Ma mère disait ça. J'écris pour tout garder, pour ne rien perdre en cours de route. J'écris pour m'accrocher, pour ne pas couler. J'écris les rires, j'écris les larmes et la fuite des jours. Je me souviendrai de la petite fille qui avait peur de tout. Je me souviendrai de la jeune fille indécise. Je me souviendrai de la femme que je deviens chaque matin. Je me souviendrai d'une femme qui oubliera peut-être qu'elle ne voulait rien oublier.  Ma mémoire est si fragile, plaque de verre fine et claire, prête à se briser au moindre souffle. Les mots sont là pour la préserver, ils gardent ma mémoire en mémoire. Ils sont la preuve que je suis vivante, que je laisse une trace pour ne pas me perdre. Les mots me tiennent assemblée. Sans eux, je finirai en milles morceaux.

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